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Festivals d'été : à Valence, Sur Le Champ retrouve ses couleurs, malgré un marché plus dur

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Festival géré par la Ville de Valence (Drôme), le festival gratuit Sur Le Champ reprend sa forme d’avant-crise du 20 au 23 juillet 2022, avec des ambitions de programmation revues à la baisse d’après Pierre Tabardel, directeur du théâtre et du service culturel de la ville en charge de l'événement.

Le festival attire près de 20 000 spectateurs en moyenne. - © E. Caillet
Le festival attire près de 20 000 spectateurs en moyenne. - © E. Caillet

Sur Le Champ fait partie des rares festivals musicaux de taille moyenne à être entièrement produit par une municipalité. Quel est son historique ? 

Une animation culturelle gratuite existait depuis les années 1970 à Valence - de la musique et du théâtre étaient programmées dans les rues en été. Début 2000, cette programmation a pris la forme d’un festival en soi, dans un parc, avec une affiche proposant des artistes populaires d’envergure. Quelques concerts plus modestes étaient aussi programmés en amont du festival. 

Ce temps fort a encore évolué à partir de 2015. La nouvelle municipalité en a fait un événement fédérateur en cœur de ville sur le Champ de Mars, autour de notre célèbre kiosque, sur quatre soirs, avec une jauge de 7 500 personnes sur une zone encadrée, avec de réelles conditions d'écoute. De nombreux autres habitants suivent les concerts sur écran dans un autre point de la ville. Nous estimons au final la fréquentation totale du festival à 20 000 spectateurs.

J’en suis le programmateur, et gère également l'équipe du service culturel de la Ville et de son théâtre. 

Quel en est le budget ?

Il a augmenté de quelques dizaines de milliers d’euros cette année, pour s'élever à 450 000 euros. Nous mélangeons les fonds de la Ville, de l’Office du Tourisme, et nous avons désormais des mécènes privés - dont aucun ne nous a lâché depuis la crise. Un espace privatisé pour les partenaires commerciaux a été créé, et des publicités ont été vendues pour de la diffusion sur nos écrans.

Un festival comme le nôtre ne peut plus s’offrir certains artistes.

Tout est pris en charge par la Ville, et la direction technique est assurée en direct par l’entreprise municipale. Tous les prestataires privés, notamment à la sécurité, ont été recrutés par marché public. De ce côté-là, d’ailleurs, le paysage semble s'être recomposé depuis la crise, notamment en restauration. Certains prestataires ont disparu, d’autres pratiquent des tarifs prohibitifs - nous étudions encore quelle serait la meilleure option.

Dans quel paysage musical votre festival s’inscrit-il ? 

L’Aluna Festival, en Ardèche, a lieu non loin un mois avant, et un autre, plus récent, le Crussol festival qu’a monté la chanteuse Zaz, se tient début juillet de l’autre côté du Rhône. Jazz à Vienne et les Nuits de Fourvière ne sont pas loin non plus, ce qui nous avantage pour les routings d’artistes. 

Comment se constitue votre programmation, et comment évolue-t-elle sur cette édition ? 

Sur Le Champ s'étale sur quatre soirées, de trois ou quatre artistes chacune : l’une avec des têtes d’affiche variétés pour un public familial, une autre pop-rock-électro, une autre musiques urbaines, et une dernière axée musiques du monde. 

Nous avons dû un peu décaler le festival cette année, parce que les conditions de programmation étaient inhabituelles, et que les tarifs sont encore montés d’un cran. Tout d’abord, les repères n'étaient plus les mêmes : les grands rendez-vous professionnels ont pour certains été décalés, ne nous permettant pas d’avoir les informations dont nous avons besoin pour anticiper notre affiche. Normalement bouclée en novembre, la programmation l’a été fin mars cette année, décalant notre calendrier de communication. 

Ensuite, un festival comme le nôtre ne peut plus s’offrir certains artistes. La reprise est marquée par une razzia des gros festivals, dont certains ont communiqué dès fin août 2021 et posé des exclusivités sur certains noms. Des artistes que nous payions 18 à 20 000 € coûtent désormais entre 35 et 40 000 - nous ne pouvons plus suivre. Je m’avoue un peu étonné que la reprise se déroule dans un tel état d’esprit.

Comment vous êtes-vous adaptés pendant la pandémie ?

Nous n’avons rien tenté en 2020, mais nous avons joué le jeu en 2021. Plusieurs scénarios assis ont été envisagés, nous avions une programmation validée, mais une grande frilosité nous a fait reculer : les budgets étaient trop importants, et la situation trop incertaine. Perdre ces sommes aurait été très dommageable pour une organisation municipale comme la nôtre. Nous nous sommes repliés sur une série d’interventions dans l’espace urbain avec la Compagnie Willy Dorner et deux semaines de programmation dans le théâtre en juillet - de la musique classique et du divertissement familial. 

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