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Festivals d'été : une journée supplémentaire et un lieu en dur pour le Cabaret Vert

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Le célèbre rendez-vous Cabaret Vert aborde sereinement sa 16e édition (du 17 au 21 août à Charleville-Mézières, Ardennes) avec de nouvelles ambitions et un « break » revu à la baisse. De nouveaux projets en nouveaux calculs de budget, son directeur Julien Sauvage détaille les raisons de cet optimisme post-crise.

Le festival vise les 130 000 festivaliers sur 5 jours cette année. - © A. Thome
Le festival vise les 130 000 festivaliers sur 5 jours cette année. - © A. Thome

Comment le festival Cabaret Vert a-t-il traversé la pandémie ? 

En fin de compte, assez bien. Nous avons été un des premiers festivals à recevoir le document d’annulation officiel que le Préfet, alors fraichement nommé, a accepté de nous délivrer rapidement afin de limiter la casse puisqu’il s’agissait de ne pas annuler de notre fait auprès des artistes, mais à la demande des pouvoirs publics. Nos relations avec les agents d’artistes sont restées très bonnes, et nous avons échappé à des pertes financières colossales, alors que nous n’avions pas encore signé notre assurance annulation. 

Les pouvoirs publics nous ont soutenus et nos mécènes ont été au rendez-vous autant que possible - y compris les plus modestes, qui se sont parfois mobilisés même davantage qu’auparavant. Nous avons aussi renoncé aux reports de billetterie, pour s'éviter tout malentendu avec le public sur nos programmations futures.

Nous avons également abandonné l’idée d’un festival adapté, nous ne voulions pas « faire pour faire ». En revanche, il devenait moralement pesant de ne rien faire pour notre équipe, et nous nous sommes investis sur un autre projet qui a inclus une série d'événements sur l'été 2021.

Il s’agit de la Macérienne, une usine désaffectée en cours de reconversion. Quel est l’investissement de votre association (FLaP) dans ce projet ? 

Il s’agit d’un bâtiment de 10 000 m2, entourée d’une vaste superficie en extérieur. L’agglomération investit des sommes sérieuses sur cet espace, et nous serons partiellement à la manœuvre du projet, qui prend les formes d’un tiers lieu, même si nous ne souhaitons pas pour le moment le désigner ainsi. D’autres entités seront aussi au pilotage, notamment un collectif d’anciens ouvriers. Il s’agirait, à terme, de créer une structure indépendante pour nous titrer juridiquement afin d’en récupérer partiellement la gestion. 

Au lieu d’une édition au rabais de Cabaret Vert, nous nous sommes consacrés à expérimenter avec ce nouvel espace, en l’ouvrant pendant six semaines, via une programmation culturelle très variée qui dépassait les musiques actuelles. Il nous importe pour ce lieu de nous positionner non pas comme une association spécifiquement musicale ou culturelle, mais comme un agent de développement territorial sur le long terme. La Macérienne fera l’objet de nouveaux développements dès septembre. 

L’association a intégré de nouveaux salariés à cette occasion : nous étions 14 avant la crise, nous serons normalement 22 d’ici mars 2023.

Vous rallongez d’une journée votre festival. Qu’est ce qui a motivé cette extension ?

Les scènes, le son, la lumière, les bungalows sont déjà installés, et c’est ce qui coûte le plus cher. Les louer une journée de plus ne représente pas forcément un surcoût délirant, surtout s’il s’agit de rajouter une journée de programmation avec billetterie. Les frais de sécurité et d’accueil artistes augmentent, bien sûr, mais, dans la masse, nous n’avons pas l’impression d’y perdre. La hausse générale des coûts se remarque peut-être moins de cette façon. 

Ajouter une journée noie quelque peu l’augmentation des coûts dans la masse.

Cette journée supplémentaire nous fait passer de 6 M€ à 8,5 M€. Nous avons également changé de prestataire technique pour monter d’un cran et accéder à des installations plus volumineuses, qui nous permettent d’exploiter un nouvel espace. De 550 000 € de technique, nous passons à 750 000. En temps normal, le fournisseur nous aurait peut-être bradé cette journée supplémentaire, mais c’est impossible à dire. Ainsi, nous ne pouvons réellement distinguer ce qui relève, dans cette augmentation, de l’ajout d’une journée supplémentaire ou des conséquences de l’inflation.

La hausse des cachets semble bien réelle, en revanche, comment la percevez-vous de votre côté ? 

Deux de nos têtes d’affiche internationales avaient été négociées à 100 000 € chacune pour l'édition 2020, finalement annulée. En 2021, elles étaient prêtes à jouer pour 85 000 €, sur l'édition qui n’a pas eu lieu non plus. Pour cette nouvelle édition, nous les avons obtenues pour 110 000 € - voilà où nous en sommes. Cela ne concerne pas seulement les gros noms, le barème global a été revu à la hausse. Des artistes qui jouaient pour 3 ou 4 000 € se négocient aujourd’hui à 5 000. L’augmentation ne date pas d’hier, mais elle a pris une autre forme. 

Cabaret Vert est connu pour son large staff de bénévoles, comme se reconstitue-t-il cette année ? 

Nous avons ouvert les inscriptions au mois de mars cette année, ce qui est bien plus tôt qu'à la normale. Aujourd’hui, nous avons réuni 1 800 bénévoles, contre les 2 500 dont nous avons besoin. D’habitude, nous refusons du monde, mais cette année, c’est plus lent. Cela n’a rien d’alarmant pour autant. 

Quelles sont vos attentes en terme de fréquentation cette année ? 

Nous avons baissé notre break de 96 % à 92 % de remplissage cette année. La billetterie a été lancée plus tôt que d’habitude également, et la date du festival un peu avancée. Pour autant, les dynamiques sont très bonnes et, avec l’expérience, nous pouvons déterminer assez vite si nous fonçons dans le mur. Si nous continuons sur cette courbe, nous devrions atteindre notre équilibre. Nous visons 130 000 festivaliers sur cinq jours. 

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