Production

Reprise : Fimalac se projette plutôt sur 2022 et 2023

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Les théâtres parisiens de la Michodière et du Marigny, le Silo (Marseille), plusieurs sociétés de production, de nombreux Zéniths : toutes ces entités (et bien d’autres) ont en commun d’appartenir à Fimalac Entertainment. La branche spectacles de la holding de Marc Ladreit de Lacharrière reprend ses activités avec beaucoup de mesure. Présent aux Sœurs Jumelles à Rochefort, son directeur Aurélien Binder n’envisage un retour à une activité normale qu’en 2022, et décrit une reprise très limitée pour les différentes structures qu’il chapeaute.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris 10<sup>e</sup>) a rouvert au public. - © Fimalac
Le Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris 10<sup>e</sup>) a rouvert au public. - © Fimalac

Dans quelles proportions les lieux et productions de Fimalac Entertainment reprennent-ils du service cet été ?

Modestement. Lors d’un été normal, nous proposons 5 à 6 000 dates. Cet été, nous n’en proposons que 400. Il s’agit principalement de jazz, de groupes émergents et de quelques artistes majeurs que quelques festivals ont pris le risque de programmer malgré des conditions assez contraignantes. Dans beaucoup de cas, les événements qui ont lieu se font grâce à l’aide de collectivités territoriales qui se sont mobilisées pour maintenir une animation en dépit des perturbations du calendrier.

Nous ne programmerons nos plus grosses productions qu’une fois toutes les restrictions levées.

Paradoxalement, l’été ne permet pas une reprise sereine. C’est comme rouvrir les remontées mécaniques en juillet et s’étonner qu’aucun skieur ne vienne. Les billetteries reprennent, mais surtout sur les têtes d’affiche, qui prévoient leur retour à l’automne ou l’an prochain. Certes, le public veut retrouver des événements en présentiel après avoir été gavé d’écrans pendant si longtemps, mais ce n’est pas si facile. Les équipes techniques sont soudainement sur-sollicitées, et la disponibilité manque - la situation est la même à l’étranger, il n’est donc pas possible d’embaucher du personnel en Belgique, par exemple. 

Sur cet été, nous manquons de contenu pour rouvrir les plus grosses salles, et nous bricolons quelques dates pour des productions plus importantes cet automne. Quant aux théâtres, ils ont pu reprendre avec des pièces déjà financées précédemment. 

Pour les plus grosses productions, il est impensable de les programmer dans ces conditions. Par exemple, Starmania ne pourra reprendre que lorsque toutes les contraintes sanitaires seront levées. Les investissements et la logistiques sont trop importants. C’est à la fois nécessaire pour le public, comme pour les 150 personnes que le spectacle fait travailler. 

Même si j’ai ardemment agi en faveur du pass sanitaire en tant que vice-président du Prodiss, je reconnais qu’il est difficile à mettre en place. Cela rajoute une incertitude : comment le public va-t-il réagir à ce dispositif ? 

Les aides vous ont-elles permis de vous maintenir autant que nécessaire ? 

Les dispositifs de soutien seront suspendus en 2021 alors que nos projections économiques se font sur 2022 et 2023.

Fimalac Entertainment est une entreprise unique qui détient le contrôle de sociétés filiales, ainsi une seule entreprise vaut pour toutes les entreprises. Une règlementation européenne encadre les subventions allouées aux entreprises et ainsi, proportionnellement, nous avons peu perçu du fonds de solidarité. La structuration de notre entreprise est atypique en France. Les aides qui nous ont le plus accompagné sont transversales : activité partielle, exonération de charges et fonds de compensation. 

Certes, nous sommes un grand groupe et notre actionnaire est sérieux, mais il n’est pas illégitime pour l’État de nous soutenir. Nous demeurons le premier employeur privé en France dans le domaine du spectacle.

Nous craignons un second couperet à moyen ou long terme. Certes, nous sommes autorisés à rouvrir, mais cela ne marque pas nécessairement un retour à la normale de nos activités et de notre économie. Pourtant, les aides cesseront bientôt, et cela peut créer un déséquilibre. Les dispositifs de soutien seront suspendus dans l’année, alors que nos projections économiques se font sur 2022 et 2023. 

Avez-vous suspendu vos démarches de prospection sur d’autres structures ? 

Nous n’avons pas une politique de croissance externe démesurée, et elle a bien sûr été suspendue. Actuellement et jusqu’à nouvel ordre, nous faisons la tortue : nous sommes concentrés sur la protection des emplois, des compétences et des intérêts de la structure. En temps normal, Fimalac Entertainment, c’est 545 personnes employées et 25 000 fiches de paie d’intermittence par an, et nous souhaitons préserver cela. 

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