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Tournées : dans les Hauts-de-France, Tu M'Étonnes, un diffuseur en expansion malgré la crise

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Claudio Capeo, The Cure, Iggy Pop, Damso… : c’est le diffuseur local Tu M'Étonnes Productions qui les répartit dans les salles des Hauts-de-France. Son gérant Maxime Demouveaux témoigne d’un après-pandémie tout sauf normal, malgré un épanouissement de l’activité de sa structure.

Tu M'Étonnes travaille notamment avec Orelsan. - © Alice Moitié
Tu M'Étonnes travaille notamment avec Orelsan. - © Alice Moitié

Comment votre structure a-t-elle vécu la pandémie ?

De mars à novembre 2020, les aides ont mis du temps à se débloquer, et nous avons passé un sale moment, du déni jusqu'à la panique en passant par l’abattement. Ce n’est que lorsque les coûts fixes ont été pris en charge que nous avons respiré, grâce au très bon relais du Centre National de la Musique. À partir de là, nous avons pu reprendre notre développement et engranger des choses pour l’après, qui se déploient aujourd’hui. Nous étions en plein essor avant la crise, en effectuant une transition de petit à gros promoteur, qui s’est finalement produite sans phase intermédiaire. Nous ressortons de la crise en travaillant avec des gros noms comme The Cure ou Texas, et des humoristes. 

Vous avez donc retrouvé des conditions de travail d’avant-crise ? 

Pas pour autant. il n’y a rien de normal depuis que les choses ont repris, du moins dans le calendrier, et c’est assez déstabilisant au quotidien. Après un automne 2021 très chargé, et une rechute avec les restrictions de janvier-février, le printemps est anormalement dense, alors que c’est normalement une période plus détendue avant la grosse saison estivale. En mai, nous avons enchaîné treize dates en douze jours, ce qui n’arrivait pas par le passé. À vue de nez, il y en a encore pour deux ans avant que tout ceci ne se régule - à condition que tout se passe bien.

Tu M'Étonnes, en bref

• Structure lancée en 2015.

• Travaillait sur de la promotion locale jusqu’en 2017, puis avec des festivals (Terres du Son, le Roi Arthur)

• Lancé dans la diffusion sur les Hauts-de-France, suite à la sollicitation de certains producteurs de spectacles.  

• Derniers chiffres : 60 concerts en 2022, 80 en 2023.

Comment ces irrégularités post-pandémie se traduisent-elles dans la fréquentation de vos concerts ? 

C’est difficile à lire. Les artistes ont voulu attendre autant que possible et reporter leurs tournées à un moment où le public serait plus réceptif, à tel point que certains n’ont finalement jamais tourné, ou s’y mettent tout juste après deux ans d’attente - c’est le cas de Damso actuellement. Le no show est également imprévisible : un soir, il peut y en avoir 20 %, le lendemain 5 %. Cette tendance qui profite aux gros artistes se confirme : Orelsan, Clara Luciani ou autres retrouvent leur public, mais les autres sont à la peine. Même les anciens ne remplissent pas avec la même aisance qu’avant - nous l’observons avec Iggy Pop, même si nous nous demandons si ce n'était pas une erreur de tarif dans ce cas-là - et leurs agents n’ont d’ailleurs pas essayé d’augmenter les cachets post-pandémie.

Les salles sont très sollicitées, comment travaillez-vous ensemble ? 

il n’y a rien de normal depuis que les choses ont repris.

Les échanges sont plus expéditifs, tout le monde est sur le qui-vive. Le volume des dates à caser change les relations à la signature des contrats - il y a par exemple bien plus d’attention portée aux clauses d’annulation qu’avant. Les reports (qui durent toujours) posent aussi des problèmes peu traités : un concert anciennement prévu un samedi puis finalement casé un mardi n’a plus les mêmes chances de remplissage, et change donc d'économie. 

Comment se sont transformées vos relations de travail avec vos prestataires ? 

Étant en bout de chaîne, avec des coûts fixes conséquents (hangar, maintenance, etc), ils sont sûrement ceux qui ont le plus souffert de la pandémie, et cela pèse dans les négociations. Ils sont quelque part en position de force, c’est le jeu. Les devis changent d’un jour à l’autre : la même demande de matériel un samedi n’est pas au même prix le mardi suivant. Ils croulent sous les demandes et appliquent forcément la loi de l’offre et de la demande. Deux fois par semaine, l’argument du « on a pas été aidés » revient dans les échanges - et c’est inattaquable. Cela vaut surtout pour les prestataires occasionnels en dehors de notre territoire, ceux avec lesquels nous travaillons localement ont maintenu les mêmes conditions qu’avant-crise. 

L'économie des tournées est très affectée, comment l’observez-vous à votre échelle ?

Le son, la lumière et la technique en général ont augmenté de 30 % par rapport à l’avant-covid. Les budgets montés avant le covid, avec des places déjà vendues, n’ont plus le même break une fois déployés avec ces coûts et les irrégularités du public. 

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