Production

Théâtre : plusieurs formes de résidences à l’essai au TU de Nantes

Par Thomas Corlin | le | Lieux, résidences, locaux de répétition

En septembre, le TU de Nantes, Scène Création et Arts Vivants, a optimisé ses temps de résidence selon un modèle pensé pendant la crise. Centré sur cette activité en réponse à la fermeture au public, le lieu ne s’engage cependant pas dans cette voie sur le long terme, d’après sa codirectrice Nolwen Bihan.

Après les résidences de février, le calendrier du TU n’est pas encore fixé. - © Compagnie Gabriel Um
Après les résidences de février, le calendrier du TU n’est pas encore fixé. - © Compagnie Gabriel Um

Quels types de résidence avez-vous accueillies depuis septembre au TU ? 

Dès le premier confinement, nous avions imaginé une rentrée qui s’ouvrirait sur deux résidences-laboratoires intitulées « Terrain Utile », de deux semaines chacune. Cela répondait à plusieurs impératifs que l’on s'était fixés depuis que l’activité du lieu, et celle du campus universitaire sur lequel il se trouve, se sont presque entièrement arrêtées. 

Notre hall, pratiquement inutilisé depuis la crise, a été transformé en espace de co-working.

Nous voulions d’abord insister sur la permanence, sur le rôle qu’un outil de travail tel que le théâtre pouvait jouer. Cet outil était confisqué depuis le début de la crise, il fallait l’ouvrir différemment, en exposant sa manière de fonctionner, en travaillant sur le lieu physique mais aussi ses alentours, avec des balades, des performances, des rencontres. 

C'était donc pour nous une occasion de sortir de la logique de programmation de spectacle pure et dure, et d’affirmer le rôle du TU au sein d’un campus universitaire : partager la recherche, le processus, travailler en complicité avec les étudiants, les enseignants-chercheurs, les habitants. 

Plusieurs types de résidences ont émergé. Naturellement, il y eut des résidences de création engageant des moyens techniques et une coproduction que nous avons couverts en réorientant la marge de budget qui a résulté de l’annulation des spectacles. Il y eut ensuite des résidences de recherche ne débouchant pas forcément sur la création d’un spectacle. Enfin, nous avons accueilli des résidences d'écriture. 

Un autre besoin a émergé, celui de résidences « administratives ». Les compagnies sont souvent isolées dans leurs démarches, la composition de leurs dossiers, et elles peuvent avoir besoin d’un bureau. Notre hall, pratiquement inutilisé depuis le début de la crise, a donc été transformé en espace de co-working - dans le respect de la distanciation en vigueur, naturellement. 

Après une première phase en septembre et octobre, ce mode de fonctionnement a été reconduit en novembre, où les spectacles programmés n’ont pu jouer. Nous n’avons même pas relancé d’appels à projets, connaissant déjà les artistes qui seraient intéressés par un temps de travail chez nous. 

Avez-vous sollicité des moyens spécifiques pour ces programmes d’accueil ? 

Nous les finançons avec notre budget habituel, ainsi qu’avec les excédents dus à l’annulation de spectacles. Nous avons également obtenu des aides de la ville, du département et de l'ONDA. Nous sommes une équipe de neuf personnes, et certains d’entre nous assurent un accueil sur place, notamment technique, selon les besoins des artistes. Un magazine en ligne est mis à jour pour rendre compte du travail de ces résidences et expliquer les processus de création d’un spectacle. 

La Compagnie Lucane en résidence.
La Compagnie Lucane en résidence. - © Lucane

Avez-vous fait usage d’outils numériques pendant cette période de fermeture ?

Nous avons souhaité éviter les ersatz de spectacles, et ne pas proposer du livestream ou de la captation pure et dure. Pendant plusieurs jeudis à 20h, le programme en ligne « Saison Parallèle » a été mis en place, proposant des contenus originaux produits par les artistes avec le soutien du TU. Une réalisatrice est venue concevoir un véritable film autour de la création d’une compagnie, avec un travail soigné de l’image et non une captation en plan fixe. D’autres ont proposé des courts-métrages, un autre un podcast dont nous avons produit le premier épisode. L’enjeu artistique a été amplifié par ce support. 

Quelle position adoptez-vous pour anticiper les mois à venir ? 

Nous nous donnons un mois de marge avant d’annuler un spectacle. Par exemple, nous avons programmé des spectacles en mars, et si nous n’avons pas la confirmation début février qu’ils pourront jouer, nous les annulerons, en estimant que cela ne nous laisse pas le temps de travailler décemment la communication et nos publics pour l’annoncer. Dans les spectacles programmés (et dont nous ne savons donc toujours pas s’ils seront maintenus), nous avons privilégié les créations, bien qu’il y ait aussi un report. 

Nous souhaiterions penser encore d’autres formes, d’autres façons d’ouvrir la saison de septembre prochain, en échange avec les artistes.

Notre travail de repérage est également empêché. Malgré les efforts de la profession pour la maintenir, la rencontre a disparu sous l’effet de la crise : voir des spectacles en petit comité, sans bar ni restauration avant et après, n’est pas propice à l'échange.

Quant aux résidences, c’est un travail intéressant, mais nous ne le projetons pas sur le long terme. Pour l’instant, il y en a, mais nous n’avons pas lancé d’invitations au delà de mars, quelle que soit la situation. Nous souhaiterions penser encore d’autres formes, d’autres façons d’ouvrir la saison de septembre prochain, en échange avec les artistes.

Malgré des moments d’enthousiasme, la période demeure déprimante. Tous ces spectacles se créent sans public, seulement face à des pros - c’est déjà très important, mais nous le faisons parce que nous ne pouvons faire autrement. En l’absence d’un calendrier fixe, nous sommes face à l’impossibilité pure et simple de concevoir un projet. 

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