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Prestataires : le Synpase alerte sur les premières annulations de la 5e vague

Par Thomas Corlin | Le | Matériel

Délégué général du Syndicat National des Prestataires de l’Audiovisuel Scénique et Événementiel (Synpase), Philippe Abergel signale déjà une amplification des annulations dans le secteur, et préconise la réactivation d’un dispositif d’aide sur la période.

Le secteur représente 25 000 emplois. - ©  D.R.
Le secteur représente 25 000 emplois. - ©  D.R.

Quels premiers effets de la cinquième vague avez-vous recensés parmi vos adhérents ?

30 % des prestations prévues sur décembre sont déjà annulées, et 80 % de nos entreprises membres sont touchées - c’est préoccupant. Ces annulations s’enchaînent depuis deux semaines, et le phénomène empire chaque jour. Nous réactualiserons ces chiffres la semaine prochaine.

Les assureurs ont intégré la pandémie comme un risque connu, qu’il faut assumer soi-même.

Le souci, c’est que rien n’est encore officiellement interdit, si ce n’est du côté des discothèques, désormais fermées pendant un mois. Il y a donc un risque sur cette période que la responsabilité soit reportée sur le marché lui-même, et que toutes ces pertes ne soient pas compensées, ne découlant pas de restrictions officielles, du moins pour le moment. Les pouvoirs publics pourraient considérer que c’est le marché qui se rétracte, et qu’ainsi ils ne sont pas tenus de compenser. Les annulations sur cette période sont des gestes de précaution ou des « sur-réactions », déjà observés au début de la crise lorsque plusieurs événements à 1 000 personnes furent abandonnés quand l’interdiction officielle ne frappait encore que les événements à 5 000.

Quels sont les domaines les plus touchés ?

Tout ce qui est éphémère et rassemble du public, inévitablement. Ce sont d’abord les événements de Noël organisés par des mairies ou des entreprises, et qui représentent beaucoup de chiffre d’affaires pour nos membres. Puis c’est le spectacle vivant, en particulier la musique, qui se rétracte déjà : annulation de Zéniths, de festivals, etc.

Les prestations « pures » sont déjà très perturbées dans leur ensemble. Et même les prestataires techniques qui travaillent sur des installations fixes, des équipements en dur, sont touchés indirectement du fait des difficultés d’approvisionnement du matériel qui vont freiner le marché sur tout le premier trimestre 2022, et provoquer des difficultés de trésorerie (facturations à 4 ou 5 mois après commandes).

Existe-t-il une évolution dans les contrats pour partager les risques ?

Hélas, les méthodes n’ont pas changé, et les assureurs ont depuis intégré la pandémie comme un risque connu, qu’il faut assumer soi-même. Nous pouvons déjà en témoigner : l’annulation de l'Elrow Festival à Biarritz sur le week-end du 4 décembre (désormais reporté sur avril 2022), décidée sur arrêté préfectoral, s’est soldée par une perte sèche. Puisqu’il s’agit d’un cas de force majeure, il n’y aura pas d’indemnisation. Le prestataire technique qui a assuré le montage de l'événement est un de nos membres, tout le dispositif était prêt, et l’interdiction a été actée au dernier moment.

Quel dispositif pourrait être mis en place ou prolongé pour rattraper ces nouvelles pertes ?

Il serait judicieux de prolonger le dispositif Coûts Fixes, mis en place en janvier 2021 à l’adresse des entreprises de plus de 12 M€ de chiffre d’affaire, puis étendu à d’autres.

Le fameux « quoiqu’il en coûte » est terminé, selon les déclarations du gouvernement, bien qu’un soutien au cas par cas ait été garanti, mais nous n’en connaissons pas encore les modalités exactes. Nous sommes en contact avec le cabinet du Ministre de l'Économie, ils ont accusé réception de notre communiqué concernant les premières détresses que nos membres nous ont fait remonter. 

Nous ne retrouverons probablement pas les aides de la crise, mais il serait judicieux de prolonger le dispositif Coûts Fixes, mis en place en janvier 2021 à l’adresse des entreprises de plus de 12 M€ de chiffre d’affaire, puis étendu à d’autres. Cette aide permet de compenser les pertes calculées sur l’excédent brut d’exploitation. Elle n’est plus en vigueur depuis le 31 octobre, mais la situation exigerait de la réactiver. 

Et nous allons remettre sur la table l’activités partielle sans reste à charge, l’assouplissement des PGE, etc…

Quelle reprise ont connu vos membres ?

L'été a été mou en fin de compte, nos membres ont retrouvé 50 % de leur activité de 2019. Beaucoup de festivals n’ont pas rempli, certains ont même été annulés faute de billetterie satisfaisante. La rentrée a marqué un vrai retour des affaires, et nécessité que les prestataires embauchent des CDI et investissent à nouveau. Cette fin d’année devait justement remettre tout le secteur en piste une bonne fois pour toutes, mais cet élan est déjà rompu. 

Le Synpase, en vrai

• Syndicat professionnel, créé en 1988

• Missions : représentation et défense des intérêts des prestataires de services de l’audiovisuel scénique et événementiel.

Présidente : Frédérica LEGEARD-LEMEE, Vice-Président : Stanislas SURUN, Trésorière : Laurence FAUCHER, Secrétaire : Christian DESAIVRES.

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