Production

Solidarité : Show Bis, du matériel de scène pour la création et la diffusion en Afrique

Par Thomas Corlin | le | Matériel

L’association Show Bis récupère du matériel inutilisé auprès du réseau du spectacle français pour équiper de futurs lieux de création et de diffusion en Afrique. L’ancienne journaliste culturelle Claire Nini détaille cette initiative lancée il y a un an avec le danseur et chorégraphe Jean Boog.

Les danseurs de Jean Boog en répétition à Douala, Cameroun. - © Claire Nini
Les danseurs de Jean Boog en répétition à Douala, Cameroun. - © Claire Nini

Quelle est l’impulsion de départ du projet Show Bis ? 

Du constat d’une carence en équipement culturel dans un pays comme le Cameroun, dont mon collaborateur Jean Boog est natif. Là-bas, le Ministre de la Culture est démissionnaire, et les pouvoirs publics n’envisagent pas la culture comme une priorité. L’Institut Français pallie ce manque, et possède de fait le monopole sur la vie culturelle et le repérage des talents locaux. Cela a le mérite d’exister, mais ce n’est bien sûr pas suffisant, puisque cela n’assure au mieux qu’un temps de programmation par an, et laisse bien sûr de nombreux artistes de côté, au gré du goût et des priorités des directeurs successifs. 

Show Bis participe donc au lancement d’une structure pour ces artistes, dirigée par un artiste africain. Lorsqu’il travaille au Cameroun, Jean Boog n’a pas de local de répétition fixe, il crée donc avec ses danseurs dans des lieux précaires ou en extérieur. Leur travail a malgré tout été repéré pour l’opération Africa 2020, et programmé à l'Institut des Cultures d’Islam (Paris 18e). Nous avions repéré un lieu ensemble, mais la pandémie a interrompu les démarches. Nous cherchons désormais des moyens et du matériel, d’où l’action de Show Bis.

Au Cameroun, seul l’Institut Français programme des spectacles, et ce n’est pas suffisant.

Nous récupérons donc le matériel dont le monde du spectacle en France ne se sert plus pour équiper ce futur lieu, puis, dans un second temps, nous travaillerons à donner de la visibilité à des compagnies africaines pour les faire tourner à l’international.

Actuellement, les dons viennent de différents types de structures. La Maison des Métallos (Paris 11e) nous a donné des projeteurs, le Théâtre national de Chaillot (Paris 16e) un tapis, le Centre National de la Danse  (Pantin, Seine-Saint-Denis) des livres, et le Ballet de Marseille  (8e) vient de nous confirmer qu’il devenait partenaire. Avec tous ces lieux, à terme, nous pourrions aussi installer une commission sur leur billetterie pour financer le projet. 

D’autres donc proviennent par exemple de l’association événementielle la Lune Rousse  (Paris 10e), ou de particuliers, comme cet ancien danseur du Casino de Paris qui nous a légué sa collection de masques ou de costumes. 

Comment ces dons seront-ils acheminés au Cameroun, dans un premier temps ?

Le logo de Show Bis. - © D.R.
Le logo de Show Bis. - © D.R.

Le centre de danse que nous comptons monter au Cameroun est le premier lieu que Show Bis équipera, et il est situé dans la capitale économique Douala, une ville portuaire. Cela permet un transport maritime, moins polluant que le transport aérien, et coute 5 000 euros. Nous cherchons donc un mécène, dans le domaine du transport préférablement, mais nous resterons attentifs à ce que ce mécène soit en harmonie avec les convictions de l’association. 

Où se situent les autres lieux que vous souhaiteriez équiper et accompagner ? 

Ailleurs en Afrique, notamment en Afrique Centrale, dont les pays sont moins médiatisés en France que le Sénégal par exemple. J’ai travaillé comme chargée de mission culturelle au Tchad, j’ai gardé des liens avec le secteur du théâtre là-bas. Nous connaissons aussi des artistes qui souhaiteraient monter un lieu au Togo.

Il s’agirait, à terme, de créer un réseau parallèle et de recenser tous les besoins, que cela soit pour de la danse, du cinéma ou du théâtre, afin de trouver nous-mêmes le matériel correspondant. 

Le projet s’inscrit dans l’action d’autres « recycleries » du monde du spectacle, comment collaborez-vous ? 

Il y a bien sûr d’autres structures pionnières en matière de revalorisation de matériel du spectacle vivant. Nous nous sommes rapidement manifestés auprès de ces structures pour trouver des façons intelligentes de travailler ensemble. ArtStock à Toulouse (Haute-Garonne) est sensible au projet, et nous réserve deux semi-remorques de matériel, que nous récupèrerons quand la pandémie nous le permettra. La Ressourcerie du Spectacle à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) nous a laissé tourner dans leur lieu notre film promotionnel avec une école de cinéma. 

  • Pour faire un don dématérialisé à Show Bis, sujet à défiscalisation, suivre ce lien

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