Production

« Nous nous devons d'être toujours prêts à installer nos scènes mobiles » (R. Sagot, Faste)

Par Thomas Corlin | le | Plein air

Fournisseur de scènes mobiles, l’entreprise Faste (Canteleu, Seine-Maritime) fait partie de ces prestataires du monde du spectacle qui subissent par ricochet les effets de la crise. Son cofondateur Remi Sagot décrit l'état de marche de sa structure en temps de pandémie, entre prestations minimales et entretien des machines.

Une scène montée par Faste au festival Papillon de Nuit (50) - © D.R.
Une scène montée par Faste au festival Papillon de Nuit (50) - © D.R.

Quelle activité a été maintenue tout au long de cette année marquée par un arrêt presque total chez vos clients ? 

Événements ou non, une entreprise comme la nôtre se doit d’entretenir son matériel. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un contrôle technique, et il en va de la fiabilité de nos outils de travail. Ainsi nous n’avons bénéficié que de 40 % de chômage partiel puisqu’une grande partie de nos missions consiste en entretien et en réparations, etc. 

Puisque nous dépendons du marché public des collectivités, nous nous devons d'être toujours prêts à intervenir et à installer nos scènes mobiles et, pour ce faire, nos machines doivent être opérationnelles. Ainsi, ces tâches engendrent les mêmes frais qu’en temps normal, sans les recettes qui vont avec, ce qui crée un trou de trésorerie colossal. 

Nous ne bénéficions pas du même traitement que d’autres maillons de la chaîne.

Il nous est plusieurs fois arrivé de préparer des scènes en amont d'événements confirmés, puis soudainement annulés pour cause de nouvelles restrictions. Dans ces cas-là, nous n’avons, à quelques exceptions, touché aucune compensation, contrairement à d’autres acteurs du monde culturel qui ont été dédommagés malgré ces mêmes annulations. Hélas, les prestataires que nous sommes, boîtes à outils du secteur, ne bénéficient pas du même traitement que d’autres maillons de la chaîne. 

Côté comptabilité, c’est évidemment compliqué : une petite entreprise comme la nôtre, faisant travailler une dizaine de permanents ainsi qu’une trentaine d’intermittents en haute saison, connait un chiffre d’affaire de 1,5 millions d’euros en moyenne ; cette année il ne sera que de 343 000 euros. 

De quels dispositifs de soutien avez-vous pu bénéficier ?

Nous avons touché le chômage partiel, mais puisqu’il s’agit là de sommes cotisées, nous pouvons considérer qu’il s’agit moins d’une aide que d’une assurance en cas de situation critique comme celle que nous connaissons. Il en va de même pour les exonérations de charges, puisque les sommes restent dues pour la plupart, cela ne fait que repousser des dettes. Mis à part cela, Faste n’a pas touché d’aide et puise dans une trésorerie cumulée sur 25 ans.

D’où provenait le minimum d’activité maintenu cet été ?

Nous avons contribué au Festival des Festivals ; le fait qu’il s’agisse d’une émission télévisée nous garantissait qu’il se maintiendrait.

Nous avons contribué au Festival des Festivals organisé par Rock En Seine et France Télévision - le fait qu’il s’agisse d’une émission télévisée nous garantissait qu’il se maintiendrait, dans le respect du protocole sanitaire bien sûr. Nous avons également travaillé sur le salon de l’artisanat Collection d’Art en Seine-Maritime, maintenu parce qu’il ne présentait pas de risque particulier en termes de flux de public. 

Nous rentrons maintenant dans ce qui est traditionnellement une saison basse même en temps normal, donc aucun projet ne se présente à l’horizon. Même les quelques théâtres ou municipalités qui nous sollicitent normalement pendant cette période, par exemple pour les festivités de fin d’année, ne l’ont pas fait cette fois-ci. Dans le contexte actuel, nous pouvons comprendre qu’il semble peu raisonnable de consacrer un budget à un événement qui a peu de chance d'être maintenu.

Faste a participé à la production du Festival des Festivals en août dernier.
Faste a participé à la production du Festival des Festivals en août dernier. - © D.R.

Quelles revendications du secteur soutenez-vous ?

Nous avons la chance d'être représentés par le Synpase qui a une maîtrise parfaite de nos métiers, et nous ne pouvons que remercier le travail fourni ces derniers mois. Leurs négociations et les mesures qu’ils défendent auprès des ministères sont en adéquation avec la réalité de notre situation. Mais malheureusement, à ce jour, les attentes pour préserver nos entreprises en termes d’aide sont loin d'être à la hauteur de nos pertes.  

La durée de notre survie dans ces conditions ne dépend pas simplement de nous, les banques ou organismes prêteurs peuvent estimer que les risques sont trop grands et que l’on ne sera plus en capacité de remonter la pente, nous serons contraints alors d'  abandonner. Pour l’instant, nous résistons et continuons, puisque je crois en la capacité de réaction de nos métiers en cas de reprise. 

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