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Accessibilité: un nouveau parcours pour les handicaps visuels au musée Hyacinthe Rigaud (Perpignan)

Le | Médiation

Le musée d’art Hyacinthe Rigaud de Perpignan (Pyrénées-Orientales) propose un parcours de visite spécialement conçu pour les personnes malvoyantes et aveugles. Coordinatrice du parcours, Inès Kaiser nous présente ce projet.

La salle « peindre la lumière » au musée Hyacinthe Rigaud.  - © P. Marchesan
La salle « peindre la lumière » au musée Hyacinthe Rigaud. - © P. Marchesan

Quels sont les éléments qui composent le parcours ?

Ces outils tendent à l’universalité et sont un avantage pour tous. Ils cassent la barrière du « on ne touche qu’avec les yeux ».

L’objectif de ce parcours est de garantir une autonomie aux personnes malvoyantes ou aveugles. Nous sommes en mesure de le faire grâce à notre application qui dispose d’un système de géolocalisation et d’audio guidage. Lorsque vous pénétrez dans nos locaux, le système vous localise et fonctionne comme un GPS à l’intérieur de notre établissement. L’application guide le visiteur pas à pas et de salle en salle grâce à un dispositif d’audio-description sur une sélection d’œuvres choisies. Cette application est gratuite et téléchargeable sur n’importe quel smartphone. Cet outil digital répertorie les espaces d’expositions, leurs thèmes, leurs œuvres et des services comme les toilettes, le vestiaire, les ascenseurs ou la billetterie.

Nous proposons une expérience multi sensorielle pour pallier le handicap visuel par l’ouïe et le toucher. Nous avons donc mis en place un parcours tactile pour développer la perception des œuvres. Nous proposons les impressions en 3D de nos tableaux phares, comme le Retable de la Trinité du Maître de la Loge de Mer. Ces œuvres sont imprimées en relief pour permettre aux visiteurs de les toucher et de les comprendre dans les moindres détails.

Le public peut également découvrir les planches de dessin en relief de certaines œuvres, notamment des sculptures. Les visiteurs peuvent les toucher pour appréhender les matériaux et nous proposons également des tableaux  en couleurs contrastées pour permettre aux personnes malvoyantes de mieux distinguer les détails de ces peintures. De nombreuses œuvres sont légendées en braille et en grands caractères pour que ce public spécifique comprenne les descriptions qui accompagnent ces œuvres.

Perception directe des objets exposés au musée Hyacinthe Rigaud. - © P. Marchesan
Perception directe des objets exposés au musée Hyacinthe Rigaud. - © P. Marchesan

Ces dispositifs présentent-ils des avantages pour les publics qui ne sont pas en situation de handicap ?

Ces outils tendent à l’universalité et sont un avantage pour tous. Ils cassent la barrière du « on ne touche qu’avec les yeux ». Dans les lieux de culture, on a trop souvent habitué le public à regarder sans toucher.  Ces outils offrent de nouvelles perspectives de médiation car ils font appel à d’autres sens. Chaque visiteur, qu’il soit en situation de handicap ou pas, dispose désormais de plusieurs moyens de découvrir l’œuvre.

La salle de médiation numérique du musée Hyacinthe Rigaud. - © P. Marchesan
La salle de médiation numérique du musée Hyacinthe Rigaud. - © P. Marchesan

Notre démarche est celle d’une accessibilité globale. Cela inclut les personnes handicapés mais cela concerne tous les publics. Nous avons par exemple développé un guide du musée FALC pour simplifier nos textes et les informations que nous avons à transmettre au public. Cette initiative garantit l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap mental, mais également les personnes qui comprennent mal le français,  ou même les familles. Cela facilite la compréhension des enfants.

L’accessibilité concerne aussi le volet financier. Notre parcours est complètement gratuit pour les personnes handicapées. Leurs accompagnants bénéficient d’un tarif réduit et le public au dessus de 26 ans peut accéder à ce parcours pour seulement 8 euros. Les moins de 26 ans et les personnes dotées d’un Pass musée ont un droit de visite gratuit.

La question de l’accessibilité concerne également la gestion du temps et le partage des espaces. Dédier des horaires spécifiques aux personnes en situation de handicap revient à les mettre en marge. Notre parcours est donc disponible pour tous aux heures d’ouverture du musée, c’est à dire de 11 h à 17h30 du mardi au dimanche entre octobre et mai, et de 10h30 à 19 heures tous les jours entre juin et septembre.  Si elles le souhaitent, les personnes malvoyantes ou aveugles peuvent réserver une visite particulière avec un médiateur. Lors de chaque visite, les chiens guides sont autorisés.

Comment s’est déroulée la réalisation de ce projet ?

Le Fond européen de développement régional a cofinancé le projet à 65 %, les 35 % restant ont été pris en charge par le musée et la ville de Perpignan.

La mise en place de ce parcours intervient dans le cadre du projet de coopération transfrontalier Art pour l’inclusion sociale (Artis) entre la région Occitanie et la Catalogne. Artis est un projet du Programme Opérationnel de Coopération Territoriale Espagne-France-Andorre (Poctefa). Notre musée était entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite mais nous souhaitions proposer une offre plus complète qui prenne en compte les autres handicaps. 

Au niveau opérationnel, nous avons collaboré avec des associations spécialisées sur les questions d’accessibilité à la culture. Nos partenaires agissent à l’échelle nationale. Nous avons notamment travaillé avec l’association Valentin Haüy pour concevoir le parcours. Pour les outils en relief, l’association AcceSens a géré l’élaboration de ces dispositifs. L’entreprise Okeenea s’est chargée de développer notre application de géolocalisation et nos outils d’audiodescription.

La phase de test du parcours s’est faite auprès des associations locales spécialisées sur les questions liées à l’inclusion et au handicap. Nous avons beaucoup travaillé avec le service handicap de la ville de Perpignan. Les travaux ont débuté en novembre 2019 et ils ont pris fin au premier semestre de cette année en raison de la crise sanitaire. L’élaboration du parcours a coûté 31 800 euros. Le Fond européen de développement régional (Feder) a cofinancé le projet à 65 %, les 35 % restant ont été pris en charge par le musée et la ville de Perpignan.

 

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