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Formation : à Issoudun, de nouveaux cursus pour de nouvelles réalités

Par Thomas Corlin | Le | Rh, formation, intermittence

Les Formations d’Issoudun affinent leur pédagogie en réponse aux mutations que connaît le spectacle vivant depuis sa reprise. Malgré une baisse des candidatures, leur directeur Michel Bosseau témoigne de la vitalité du marché et du rôle que les organismes de formation ont à jouer.

Les formations ont été adaptées en semi-distanciel au fil de la pandémie. - ©  Issoudun
Les formations ont été adaptées en semi-distanciel au fil de la pandémie. - ©  Issoudun

Comment vous êtes-vous accommodés du fonctionnement en distanciel ? 

Nous avions déjà expérimenté avant-crise la digitalisation de certains éléments de nos enseignements, mais seulement comme ressource pédagogique pour le présentiel. Notre marque de fabrique a toujours été de proposer de la formation sur place pour favoriser la dynamique de groupe. S’installer à Issoudun pendant quelques mois pour y suivre une formation est d’ailleurs conçu comme une expérience en soi. Nous avons été hélas contraints pendant un temps de fonctionner à distance, avec des apprentis qui nous suivaient depuis chez eux. À partir de janvier 2021, nous avons élaboré un autre fonctionnement qui permettait à ceux qui le souhaitaient de venir sur place. C'était étrange mais cela a fonctionné, malgré une modalité présentiel/distanciel.

En fin de compte, les résultats n’ont pas été trop affectés par la crise, mais nous avons pu attester que le distanciel n'était pas la solution à tous les problèmes, et surtout pas une alternative viable pour des formations longues et qualifiantes. 

Avez-vous constaté une baisse des candidatures à vos formations ? 

Le distanciel n’est pas la solution à tous les problèmes.

Tous les organismes de formation s’accordent à dire qu’il y a eu une baisse. Elle se situe surtout sur les formations longues certifiantes, une tendance émerge chez les candidats, qui consiste à ne demander que les modules qui les intéressent le plus. Cela vient notamment de la réforme de la formation professionnelle dont les maîtres d'œuvre ont mal pensé la mise en œuvre. Le CPF, vendu par la ministre du travail comme un « trip advisor de la formation », provoque une tendance à la « consommation » de bouts de formation, très loin de l’ambition initiale du développement de compétences par des certifications validées par l'État. 

Vos enseignements ont-ils évolué ? 

Oui, en harmonie avec les besoins du secteur. Par exemple, notre formation de chargé de production a évolué et couvre toute la filière, y compris la musique enregistrée. C’est désormais une formation de « chef de projet », qui convient notamment aux structure travaillant à 360°.

De nombreux producteurs demandaient une formation autour du booking et nous l’avons mise sur pied à l’issue de toute une ingénierie de formations incluant des interviews de bookeurs, de l’observation, des analyses du travail, des recommandations des employeurs, etc. 

À la demande du secteur, nous avons conçu une formation au booking.

Ce métier est au carrefour de bien des problématiques du secteur, et nécessite effectivement des techniques de négociation commerciale affutées - mais le bookeur n’est pas seulement un vendeur. Il se doit de trouver le bon spot pour un artiste et d'établir une relation de confiance avec les programmateurs. La négociation commerciale est la dernière étape de l'échange. La hausse des prix ne vient pas nécessairement des bookeurs et des producteurs, mais parfois des artistes eux-mêmes, des couts techniques en hausse, ou même des acheteurs qui sont prêts à mettre de grosses sommes sur des artistes et déforment ainsi les prix du marché.

La formation a eu du succès : sur les sept personnes qui ont composé la première promotion, presque toutes ont trouvé du travail, et les employeurs les ont jugées opérationnelles dès leurs stages. 

Vos apprentis ont-ils pu malgré tout trouver des stages et des postes ? 

80 % d’entre eux ont trouvé des stages pratiques sur l'été 2021, contre toute attente. Une partie d’entre eux avaient leurs propres structures et ont donc fait des stages dans ce cadre là, sous le tutorat d’un de nos formateurs. 

Du côté des embauches, la période est favorable, malgré des salaires assez bas et des conditions de travail toujours plus tendues du fait de la surcharge que traverse actuellement le secteur. Les départs de nombreux professionnels ont créé un appel d’air qui bénéficie à ceux qui se forment. Mais les processus très lents de validation des certifications professionnelles contrarie l’urgence de former des nouveaux arrivants pour alimenter les métiers en tensions, ce qui risque de fragiliser encore les entreprises déjà confrontées à de multiples difficultés.

La taxe d’apprentissage est applicable depuis 2020, comment l’avez-vous récoltée ? 

En contactant individuellement les entreprises du secteur concerné par notre action. 110 contributeurs nous ont soutenus, des gros comme des petits, dans le spectacle mais aussi dans l'édition et le disque. Elle se renouvelle chaque année, et pourra toujours nous être adressée, mais à travers une collecte pilotée par l’URSSAF à partir de 2023, ce  qui m’inquiète un peu quant aux modalités et aux délais de reversement.

Les critères de certification de formation pour le secteur culturel ont-ils été revus en fonction de la crise ?

Hélas non, et France Compétence qui s’en occupe n’a pas les effectifs nécessaires pour se pencher dans le détail sur notre secteur, qui est considéré comme une niche. Avec 150 à 300 dossiers traités par mois, on comprend bien la difficulté à analyser finement les dossiers pour des équipes surchargées de travail. Je note d’ailleurs qu'à fin mai, aucun bilan détaillé de l’année 2021 n’ayant été établi, il est impossible d'évaluer le travail réalisé ou les moyens qui permettraient à cet établissement de travailler sereinement. Cela entraîne toute une série de dysfonctions qui font perdre des certifications et donc des stagiaires à de nombreux organismes, ce qui peut mettre en péril la qualité et donc l'économie de tout le secteur à moyen terme.

Des certifications nous sont refusées au titre que les intitulés de poste dans les entreprises ne sont pas tout à fait cohérents avec les métiers visés par les formations et que les salaires ne sont pas au niveau - des motifs qui sont à imputer à la réalité du terrain et sur lesquels nous ne pouvons agir en tant que formateurs. Un autre motif est l’insertion professionnelle à 6 mois jugée insuffisante. Dans un secteur constitué d’intermittents et de multi-activité, l'évaluation à travers un salaire annuel est inopérante et c’est à 2 ans qu’on voit comment les choses se stabilisent. Enfin, nous savons quels métiers sont en tension et pourraient bénéficier d’une procédure de certification accélérée, mais la reconnaissance du statut « en tension » est traitée sur un plan interprofessionnel et privilégie les secteurs d’emploi massif, en laissant de côté les nombreuses niches qui contribuent pourtant à l’emploi.

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