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RH dans la culture : comment trouver du personnel administratif (et le garder !)

Par Thomas Corlin | le | Rh, formation, intermittence

Créée en 2013, l’Association des Professionnels de l’Administration du Spectacle (LAPAS) pointe un manque de valorisation de leurs métiers, à l’origine d’une crise du recrutement que la pandémie n’a fait qu’aggraver. Sa co-présidente Marion Gauvent dresse un état des lieux de la situation, et partage quelques recommandations.

Les administrateurs quittent souvent le métier au bout de 10 ou 15 ans. - © D.R.
Les administrateurs quittent souvent le métier au bout de 10 ou 15 ans. - © D.R.
  • Une pénurie aux proportions inédites 

Les départs prématurés et le manque de nouveaux entrants dans le secteur se sont accentués pendant la crise, aggravant une carence déjà ressentie depuis longtemps. Les compagnies, y compris celles de taille conséquente, pouvant même embaucher en CDI (ce qui est plutôt rare), ne trouvent plus personne pour prendre en charge administration, production et diffusion, assurant elles-mêmes un volume de travail parfois colossal, ce qui peut nuire à leur activité artistique. La pénurie s'étend jusqu’aux lieux qui, pourtant, n’avaient jamais rencontré de difficulté à cet endroit-là. L’impact se ressent même auprès des administrateurs en fonction, qui prennent parfois bien plus de projets qu’ils ne peuvent en traiter. 

La filière a souvent recours à notre forum privé pour faire passer ses annonces, ce que nous faisons volontiers, malgré un volume quotidien croissant. Il est aussi à noter que le soutien du Fonpeps a favorisé les embauches et permis de pérenniser des postes. Enfin, des réseaux de métiers ont été mis en place en région Auvergne-Rhône-Alpes, en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. 

  • Des carrières peu mises en avant à l’université

Les écoles formant aux métiers de la culture proposent bien sûr des spécialisations en production ou en médiation culturelle, mais plus rarement en administration. LAPAS intervient parfois dans ces cursus, et nous observons que les jeunes ne savent même pas que qu’il y a une forte demande et donc beaucoup de travail à la clef. Par ailleurs, ces universités orientent le plus souvent les apprentis vers des lieux et non des compagnies. Les structures de création œuvrent pourtant à l’intégration de ces jeunes grâce à des stages et des apprentissages, même s’il n’est pas toujours évident de les encadrer, faute de bureau. 

  • Un découragement au bout de dix ans ?

Nous avons relevé que les administrateurs quittaient souvent le métier au bout de dix à quinze ans pour se reconvertir. Il arrive aussi que des jeunes abandonnent le métier par saturation au bout de deux ans d’une première expérience dans des conditions éprouvantes et un isolement décourageant au quotidien.

  • Un métier trop solitaire, trop austère ?

Le personnel administratif peut se sentir très isolé.

De nombreuses compagnies et structures de production ne peuvent pas accueillir dans des bureaux, ce qui entraîne un recours massif au télétravail. Le personnel administratif travaille donc souvent seul, avec son propre matériel. Dans de nombreux cas, ce sont des contrats en mi-temps ou quart-temps qui sont proposés, que chaque administrateur cumule. Le métier est donc tributaire d’une mobilité qui peut user sur le long terme. 

Aussi, dans les budgets, les lignes consacrées au travail administratif sont souvent soumises à des baisses, estimant qu’elles coûtent trop chères et ne nécessitent pas ces sommes. 

  • Un métier invisibilisé ? 

Par manque de place selon les personnes en charge de la communication sur les spectacles, il arrive souvent que producteurs et administrateurs ne figurent pas dans les crédits sur les éléments à disposition des spectateurs, au même titre que les artistes ou les techniciens. C’est un marqueur symbolique assez fort.

De même, ce personnel là est très rarement invité sur les tournées des compagnies, au titre qu’elles ne sont pas nécessaires, alors qu’elles ont été un maillon indispensable de la création du spectacle. 

  • Des statuts variés

En montant LAPAS, nous avons pu observer parmi nos 200 adhérents (représentants jusqu'à 500 structures) que la nature des contrats et des statuts de la profession était très variée : auto-entreprise, CDI, CDD, mi-temps, quart-temps, intermittence, structure associative, etc. 

  • Des rapports parfois rudes entre lieux et compagnies ? 

Une césure existe entre, d’un côté, les compagnies qui vendent leurs spectacles et les lieux qui les achètent. Ce rapport de pouvoir est certes normal, mais pourrait être atténué et transformé en une forme de partenariat. Administrateurs et chargés de diffusion sont au cœur de cet échange, et font remonter de nombreuses mauvaises pratiques. Nous souhaiterions mettre dos à dos les personnels des deux bords, et instaurer un pied d'égalité dans les rapports de travail. 

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