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Festivals d'été : une édition 2022 « comme avant » pour Rock In Évreux

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Après une édition 2021 de tous les risques, le festival Rock In Évreux (Eure) reprend sa forme normale avec un équilibre financier décent et se tiendra du 24 au 26 juin prochain. Son directeur Vincent Ficot témoigne cependant d’une billetterie capricieuse et de prestataires inquiets.

L’an dernier, le festival était devenu « Rock In Chair ». - © Stéphane Vuillemin
L’an dernier, le festival était devenu « Rock In Chair ». - © Stéphane Vuillemin

Comment s’est soldée l’expérience de Rock In Chair en 2021 ? 

Elle a été aussi chaotique qu’enrichissante. L'événement en lui-même a été éprouvant et a essuyé toutes les difficultés de la période, ainsi qu’une météo exécrable. C'était, fin juin 2021, un des premiers festivals de cette taille à tenter le maintien dans les conditions de l'époque. 4 000 chaises longues avaient été prêtées par la mairie, et nous avions imaginé une programmation plus adaptée, qui s’adressait à un segment plus âgé du public. 

Nous avions décidé de le tenter dans l’urgence, dans des délais serrés et d’autres paramètres se sont ajoutés entretemps, notamment le pass sanitaire qui a achevé la confusion autour de l'événement. L’Agence Régionale de Santé nous avait mis à disposition un stand pour tester 300 personnes par jour, mais ce n'était bien sûr pas suffisant puisque de très nombreuses personnes n’avaient pas encore leur seconde dose et qu’il fallait se faire tester le vendredi soir pour pouvoir assister, sous 48 heures, aux concerts du dimanche soir.

Sur les artistes nationaux, les tarifs sont restés les mêmes. Nous remarquons en revanche que nos prestataires sont en souffrance : la hausse du carburant pèse sur leurs coûts.

Nous comptions sur 16 000 festivaliers sur quatre soirs, ce qui nous aurait laissé un déficit moindre - rappelons que Rock In Évreux avait l’habitude de rassembler environ 39 000 spectateurs sur trois soirs. Au final, nous n’avons réuni que 9 900 festivaliers et le déficit s’est élevé à 148 000 €. Par chance, la Ville et l’Agglomération ont voté une subvention supplémentaire qui a participé à absorber la dette. 

Le public avait quant à lui joué le jeu, malgré la pluie, la boue et les difficultés logistiques. Certains n’ont eu d’autre choix que de se lever, quand cela était interdit, nous ne pouvions guère y faire quoique ce soit - les artistes eux-mêmes ont incité à le faire. 

C’est au niveau de notre association, humainement et logistiquement, que l’expérience a été puissante. Il y a eu quelque chose d’exaltant dans l’urgence, qui a fait monter en puissance notre structure - elle n’a récupéré la gestion de ce festival que depuis 2017. L’association a grandi et nous nous sentons plus compétents. Par exemple, nous avons changé notre process concernant les bénévoles et permis les inscriptions en ligne. Logiquement, les bénévoles de cette année sont plus jeunes que ceux de l’année dernière, qui correspondaient davantage à la tranche d'âge des artistes à l’affiche. 

Dans quelles conditions montez-vous cette nouvelle édition ? 

De notre côté, nous avons l’impression de travailler à nouveau comme avant. Nous ne partons pas avec un déficit handicapant, notre budget est de 1,8 M€, que nous répartissons en trois tiers sur la technique, l’organisation générale et la programmation. 

Du côté des sociétés de production, les échanges sont redevenus courants, si ce n’est une légère inflation du côté des artistes étrangers. Sur les artistes nationaux, les tarifs sont restés les mêmes. Nous avons pu monter une affiche satisfaisante de 23 artistes, dont deux reports de l’an dernier, Offspring et IAM, que nous ne pouvions décemment pas faire jouer en configuration assise.

Nous remarquons en revanche que nos prestataires sont en souffrance. La hausse des frais et du carburant, en répercussion du conflit russo-ukrainien, pèse sur leur logistique et leur économie, alors qu’ils sortent déjà exsangues de la pandémie et connaissent des problèmes de main-d'œuvre. Les roadies et le personnel de scène sont déjà affectés par les problèmes d'énergie. 

Comment se comporte votre public côté billetterie ? 

C’est irrégulier. Il faut dire que notre prestataire France Billet a été débordé pendant la pandémie, et que les remboursements furent laborieux. Ainsi, le public est plus hésitant. Nous avons lancé la billetterie en décembre, à une époque où les restrictions sévissaient encore. Avec l’annonce de la programmation, la levée des restrictions et l’arrivée du beau temps, les ventes sont reparties comme à la même période en 2019. Nous relevons un grand enthousiasme sur les réseaux sociaux, ce qui nous rassure sur le retour de notre public. 

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