Production

Livestream : OmniLive crée des « expériences live user-centric »

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Ces derniers mois auront vu d’importants événements musicaux se tenir en ligne, dont un concert de Matt Pokora qui a compté 60 000 connexions. D’habitude spécialisée dans les solutions pédagogiques, la structure Omnilive a piloté cette expérience virtuelle - un support qui devrait s’inscrire sur la durée selon son fondateur Cyril Zajac.

Le concert de Matt Pokora a été diffusé depuis la Seine Musicale (92). - © D.R.
Le concert de Matt Pokora a été diffusé depuis la Seine Musicale (92). - © D.R.

Quelle est la logistique derrière ces concerts en ligne ?

Le public se connecte via une URL, de façon sécurisée avec un mot de passe, sur la plateforme d’Inlivestream. Ensuite, sur la page du live, Omnilive est l’expérience qui fournit l’interactivité permettant au spectateur de construire son propre live, en lui donnant accès à tous les points de vue sur le concert pour changer d’angle de vue comme le ferait un réalisateur pour se fabriquer sa propre expérience.

Personne pour l’instant ne maîtrise toute la chaîne de production.

Le concert de Matt Pokora s’est tenu à la Seine Musicale (Hauts-de-Seine) et a été filmé par 8 caméras, dont certaines sur scène et d’autres en backstage. Une centaine de techniciens ont monté le décor et conçu la sonorisation, et une cinquantaine ont exécuté la production. Au total, une dizaine de sociétés ont travaillé sur le projet. C’est un alliage de compétences : à ma connaissance aucun acteur n’a la maîtrise de toute la chaîne de production d’un tel événement, pour l’instant. En France, Matt Pokora a donné le plus gros concert livestreamé en terme d’audience depuis le début de la crise.

Comment se monétise un tel événement ?

Le ticket était de 24 euros - un peu plus pour les accès premium. Les recettes de billetterie reposent sur la même logique que celle de concerts classiques : tout d’abord la TVA, les droits d’auteur et toute la chaîne artistique, puis un partage entre tous les prestataires investis dans l’événement. Quant à nos prestations, leur tarif varie selon le projet et l’audience qu’il réunit.

Logo d’Omnilive - © D.R.
Logo d’Omnilive - © D.R.

Comment votre activité s’est-elle transformée pendant la crise ?

Le cœur de notre activité demeure l’éducation, la Covid a d’ailleurs accéléré la transformation digitale sur ce marché. Notre collaboration avec le secteur du spectacle vivant a commencé en 2013 avec l’émission Taratata, pour laquelle nous avons élaboré une expérience multi-points de vue à vivre sur son site, en complément du contenu télévisé.

Cette année, pour le spectacle vivant, la transformation est brutale. Nous multiplions les concerts en conséquence d’une demande particulière autour de cette technologie. Nous avons organisé un concert de métal : il s’agissait du groupe polonais Behemoth, en collaboration avec leur structure de production Grupa 13 et la billetterie Shopify. Après Matt Pokora, auront lieu un concert de Jenifer le 13 décembre (donné depuis l’Olympia cette fois-ci), puis deux autres en 2021, dont un en collaboration avec Live Nation.

Nous n’avons pas eu recours au chômage partiel, mais nous avons bénéficié de certaines aides.

Le concert en ligne pourrait-il s’inscrire dans la durée, même après la reprise des événements en présentiel ?

Le public cherchera toujours un accès à la culture et au divertissement, qu’importent le support ou la situation. Les outils dont nous disposons nous permettent de retranscrire l’émotion du spectacle et de proposer quelque chose d’innovant afin d’amener l’artiste à son public malgré la distance.

Le public est disposé à payer pour ce type d’offre.

Cette crise nous a poussé à imaginer des formats qui dépassent le simple concert transposé en ligne, et ainsi à mettre sur pied une expérience user centric qui se démarque du simple livestream, comme vu sur Youtube ou Facebook. Le public fait la différence et il est disposé à payer pour des offres de ce type d’expérience, une fois qu’un usage s’est installé dans le digital, il ne disparaît pas ensuite. Celui-ci a des avantages évidents dans la situation présente, mais il en a aussi sur le long terme, notamment en terme de consolidation ou de création de revenus pour les artistes, ou encore de protection de l’environnement. Cette période interroge aussi notre façon de dépenser de l’argent dans la culture.

Je reste persuadé que ce support ne cannibalise pas les pratiques existantes, mais les complète. Comme le montrent les chiffres avancés par le CEO du pureplayer Dice lors d’une récente conférence, la démographie et les habitudes d’achat révèlent que le public du livestream n’est pas celui des concerts présentiels. Il s’agit de publics géographiquement éloignés des salles de concert, et non d’habitués en manque de musique live. 

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