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Musique contemporaine : la rentrée avec le festival Musica

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Certes structurellement protégé, le secteur de la musique contemporaine s’impose difficilement, comme dans les nouvelles grilles du Centre National de la Musique. Avec un budget en baisse, le Festival Musica à Strasbourg (Alsace, du 16 septembre au 10 octobre) garde pourtant sa place de rendez-vous phare du secteur et innove toujours malgré la crise, d’après son directeur Stéphane Roth.

L’ensemble féminin strasbourgeois Intercolor, à l’affiche de Musica cette année. - © Flora Grigoryan
L’ensemble féminin strasbourgeois Intercolor, à l’affiche de Musica cette année. - © Flora Grigoryan

Sous quelle forme existe le festival Musica dans le contexte de crise que nous connaissons ? 

Dans sa globalité, le secteur est subventionné, même si, faut-il le rappeler, son budget est pour ainsi dire dérisoire en comparaison avec d’autres champs musicaux comme l’opéra ou les musiques actuelles.

Par le hasard du calendrier, l’an dernier, le festival a fait partie des quelques-uns qui ont pu se tenir. Il s’est déployé à peu près normalement, avec 11 000 entrées au lieu des 15 000 que nous enregistrons habituellement, du fait des restrictions sanitaires. Cette année, j’ai pratiquement pu faire la programmation que j’avais en tête, et elle est majoritairement internationale. 

Nous avons perdu environ 140 000 euros sur notre budget habituel, notamment en raison d’une baisse de subvention, une tendance observée depuis quelques années maintenant. Cela m’oblige donc à réduire des coûts techniques et à resserrer la masse salariale. Cela nous prive de lieux de convivialités et de capacités d’accueil, et nous contraint à bricoler certaines choses. Nos mécènes sont restés pour leur part très généreux, et nous engageons aussi une collaboration avec l’Adami. La Sacem, quant à elle, a resserré son action de soutien aux sociétaires, et ma programmation est hélas majoritairement étrangère. 

J’aurais voulu organiser des événements plus importants, élargir la programmation et le public par delà les limites occidentales mais, pour l’instant, ces objectifs sont mis de côté en l’attente de conditions plus favorables.

Comment la scène contemporaine traverse-t-elle la crise ? 

Structurellement, personne n’est en danger. Dans sa globalité, le secteur est subventionné, même si, faut-il le rappeler, son budget est pour ainsi dire dérisoire en comparaison avec d’autres champs musicaux comme l’opéra ou les musiques actuelles. Néanmoins, elle a des problématiques propres de diffusion, de visibilité et de développement du public qui rendent sa reprise plus délicate que celle d’autres secteurs. 

La musique contemporaine est la grande oubliée de la situation. Les grilles de lecture du Centre National de la Musique n’ont pas encore intégré les spécificités de ce domaine de création, et il y a souvent une grande incompréhension - ce qui peut peut aussi être le cas avec la Drac. En présentant mon projet, il m’est déjà arrivé que l’on me demande s’il ne correspondait pas plutôt au domaine des arts plastiques. 

En présentant mon projet, il m’est déjà arrivé que l’on me demande s’il ne correspondait pas plutôt au domaine des arts plastiques.

Les commissions sont souvent composées de gens qui n’ont presque aucune idée de ce que nous faisons, personne de notre champ n’est représenté dans ces jurys. Ceux qui jugent nos propositions peuvent venir à la fois du théâtre, de la variété ou du cabaret, et ils sont tenus de les étudier selon des critères tels que « potentiel de diffusion » ou « technicité », qui ne correspondent pas à la réalité de nos pratiques. Il en va de même pour un des plans de relance de la culture, qui consiste à passer des commandes aux jeunes artistes : dans les critères figure la mise en valeur du patrimoine, ce qui est souvent en décalage avec ce champ artistique.

Étonnamment, je me suis senti davantage compris par la commission à la tête du Dispositif pour la Création Artistique Multimédia et Numérique (DICRéAM) du CNC, alors que je dirige un festival musical. 

Musica est aussi un terrain d’expérimentation en matière de médiation et de coprogrammation. Qu’avez-vous pu mettre en œuvre de ce côté-là ? 

Nous avions en effet, par le passé, travaillé la programmation depuis la réception, donc depuis le public. Des étudiants avaient conçu une programmation sur le campus de leur université et ils en contrôlaient le cadre. Ils ont voulu que cela soit en extérieur et que le son évoque une sirène : c’est donc Erwan Keravec qui s’est retrouvé à jouer sur le toit de la présidence de l’université.

Nous n’avons pas pu faire ça pour cette édition du fait de la pandémie, mais nous avons lancé des appels à projets. Nous cherchons par exemple des spectateurs qui ont assisté aux éditions de Musica entre 1983 et 1986 afin de construire ensemble un projet. Nous travaillons aussi avec le réseau associatif pour monter des projets avec d’autres publics afin de décloisonner les musiques dites savantes et d’effacer le clivage contemporain/populaire. 

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