Production

Culture et ruralité : comment la Comédie de Valence et le Cratère d’Alès agissent dans les villages

Le | Diffusion, booking

La Comédie de Valence - Centre dramatique national de Drôme-Ardèche et Le Cratère - Scène nationale d’Alès (Gard) déploient une saison décentralisée et un grand nombre d’actions pour exporter la culture en milieu rural. Le directeur du CDN de Valence, Marc Lainé, et le directeur de la SN d’Alès, Olivier Lataste, nous expliquent comment ils interviennent auprès des populations rurales. Premier article d’un diptyque sur leurs actions.

Une représentation organisée par le Cratère à Génolhac dans le Gard. - © D.R.
Une représentation organisée par le Cratère à Génolhac dans le Gard. - © D.R.

Quels sont vos projets et actions spécifiques pour agir dans les communes rurales ?

Nous proposons deux créations par saison et la production de trois spectacles. Chaque village choisit le spectacle qu’il souhaite accueillir.

Comédie de Valence - Il y avait un désert au niveau de l’offre théâtrale et culturelle dans les départements de l’Ardèche et de la Drôme. Le CDN de Valence a été créé en réponse à ce besoin avec l’objectif de décentraliser la culture vers les zones rurales. C’est dans ce cadre que la Comédie itinérante a été mise en place en 2001.

Ce dispositif est une solution de décentralisation unique en France. Cette saison nous avons programmé 80 dates dans 60 communes des deux départements. Nous proposons deux créations par saison et la production de trois spectacles. Chaque village choisit le spectacle qu’il souhaite accueillir. Lors de chaque déplacement, la Comédie itinérante installe des théâtres ambulants. Nous plaçons deux cabanes dans la salle des fêtes des villages dans lesquels nous allons. Techniquement et artistiquement, nous sommes en mesure de proposer des scènes de la même qualité que sur un plateau.

Le Cratère - Chaque année, nous organisons une saison décentralisée. Nous proposons des spectacles de danse, de théâtre et des concerts dans les communes de l’agglomération d’Alès et de la région alentour, au minimum dans 30 villages. En parallèle, nous effectuons un gros travail grâce au dispositif politique de la ville. Mis en place par l’État, ce programme vise à améliorer la vie des quartiers. Ce dispositif existe dans les zones rurales et il nous permet de déployer actions culturelles et spectacles avec l’idée est de mettre la culture au service du social.

Nos partenaires privilégiés sont les mairies. Nous venons renforcer des infrastructures déjà existantes comme les salles de fêtes ou des lieux spécifiques d’une commune.

Le pays a besoin de mixité et de vivre ensemble. La stratégie est de déployer des activités artistiques auxquels les habitants prennent part pour tisser ce lien social. Par exemple, le 7 juillet, nous organisons un pique-nique géant à Alès avec des représentations artistiques pour permettre aux habitants des différents quartiers de créer cette mixité. Nous menons également des actions culturelles auprès de publics spécifiques dans les établissements scolaires, les hôpitaux ou les Ehpad, comme à Saint-Jean-du-Gard.   

Sur quels partenaires vous appuyez-vous ?

Comédie de Valence - Nous travaillons aux côtés des mairies, des bénévoles et des associations de théâtre amateur. Ce mode de fonctionnement permet de construire un réseau de partenaires. C’est une solution pour crée un lien efficace avec les populations rurales au travers de l’activité culturelle.

Au niveau financier, nous sommes soutenus principalement par les départements de la Drôme et de l’Ardèche pour un budget qui oscille entre 180 000 et 200 000 euros pour la saison itinérante. Nous recevons également de l’aide de la part de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le Cratère - Nos partenaires privilégiés sont les mairies. Nous venons renforcer des infrastructures déjà existantes comme les salles de fêtes ou des lieux spécifiques d’une commune. Notre volonté est de mettre en valeur les territoires avec leurs particularités, donc nous accordons beaucoup d’importance aux échanges avec nos partenaires locaux, dans une stratégie d’adaptation et de dialogue. Lors de chaque déplacement nous échangeons énormément avec les mairies pour recueillir leurs besoins techniques et artistiques, l’objectif  étant d’intégrer les acteurs locaux dans la démarche artistique.

 

La grande salle de la Comédie de Valence. - © Christophe Raynaud de Lage
La grande salle de la Comédie de Valence. - © Christophe Raynaud de Lage

Quels sont les défis majeurs auxquels vous êtes confrontés dans le cadre de ces projets ?

Comédie de Valence - Notre mobilité implique une logistique rigoureuse. Au-delà de l’aspect technique, l’enjeu majeur est de tisser un lien fort avec les acteurs de la vie en milieu rural. Le fonctionnement de la Comédie itinérante requiert un maillage dense et malléable entre nos équipes et nos partenaires. Il y a une réflexion à mener sur la relation qui lie l’institution culturelle à son territoire, le défi étant de parvenir à une circulation fluide de la pensée artistique auprès de la population. Il faut intégrer la notion de communauté au cœur de cette réflexion. Le territoire se définit par sa dimension géographique, mais il faut également le penser en tant qu’un ensemble d’individus partageant un lien social.

En parallèle de l’action itinérante, le défi est de développer les résidences d’artistes sur le long terme. La présence continue d’artistes dans un village permet de déployer davantage d’actions et peut répondre au besoin d’éducation artistique et de développement culturel en milieu rural.

Pour la saison prochaine, nous réfléchissons à des représentations dans lesquelles les animaux de la région sont au cœur du spectacle.

Le Cratère - Le rôle d’une Scène nationale - et notre défi - est de valoriser davantage ce que le territoire a de particulier. Il faut agir sur le lien entre la nature et la culture, par exemple en mettant en valeur le parc régional des Cévennes au travers des arts plastiques. Pour la saison prochaine, nous réfléchissons à des représentations dans lesquelles les animaux de la région sont au cœur du spectacle. L’idée est d’emmener les enfants à se réapproprier leur environnement en écoutant le bruit des animaux. Le défi d’aujourd’hui est d’intégrer le patrimoine naturel dans la proposition artistique.

La Comédie de Valence en bref

Créée en 1997 par Philippe Delaigue, rejoint en 2000 par Christophe Perton en tant que codirecteur, la Comédie de Valence a acquis en 2001 le statut de Centre dramatique national.

• Dotée de 3 salles :  La Comédie (839 places) Le Théâtre de la Ville (180 places) La Fabrique (120 places)

• Directeur  : Marc Lainé, depuis janvier 2020

Le Cratère en bref

• Ouverture en 1991

• Salles : - Grande salle (880 places) - Salle d’à côté (180 places, espace modulable) - 1 studio de répétition danse (80 places) - 1 bar, restaurant

• Organise depuis 1999 le festival Cratère Surfaces, Alès international outdoor festival, dédié aux arts dans l’espace public. Il a obtenu le label EFFE (Europe For Festivals, Festivals For Europe) en 2015. 

• Direction : Olivier Lataste depuis octobre 2021.

Transférer cet article à un(e) ami(e)