Production

Île-de-France : Au-Delà des Toits, le festival au pied des immeubles

Par Thomas Corlin | Le | Diffusion, booking

Jusqu’au 25 juin, le parvis des logements franciliens gérés par Toit et Joie, bailleur social de la Poste, est animé par une série d’interventions artistiques tous azimuts. Au-Delà des Toits se pose alors comme un festival participatif plaçant les habitants au cœur de sa démarche, d’après Patricia Guerin, directrice culturelle de Toit et Joie Habitat.

Les harmonies de La Poste, de la RATP et les Joyeux Vignerons de Bagneux en ouverture du festival. - ©  Louise Allavoine / Hans Lucas
Les harmonies de La Poste, de la RATP et les Joyeux Vignerons de Bagneux en ouverture du festival. - ©  Louise Allavoine / Hans Lucas

Depuis quand Toit et Joie Habitat pilote-t-il des projets culturels ? 

La direction de la culture a été créée il y a cinq ans, je la dirige et suis accompagnée de Cécilia Girard, responsable des actions culturelles et des partenariats. Un régisseur nous rejoint ponctuellement, pendant le festival. Cette direction est modeste en nombre d’employés, mais nous siégeons au comité de direction au même titre que les autres services de Toit et Joie. Le bailleur n’avait jamais porté de tels projets auparavant, et ce festival est né avec le lancement du service.

Comment se financent ses activités ?

Nous disposons d’un budget de 315 000 € par an, dont un tiers en est consacré au festival. Il provient à la fois des propres fonds de Toit et Joie - Poste Habitat, de la DRAC Ile-de-France qui nous soutient dans notre démarche artistique, et de l’abattement de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB). 

Quel est le parc immobilier de Toit et Joie et comment se déploie le festival sur celui-ci ?

Toit et Joie - Poste Habitat possède plus de 14 000 logements en Île-de-France. Nous veillons à varier les villes dans lesquelles prend place chaque année Au-Delà des Toits, ainsi que la proposition artistique que nous leur présentons - même si une compagnie comme Lu2 a pu être présentée les années précédentes. Il importe à la fois de donner sa chance à toutes les compagnies et de renouveler l’intérêt des habitants. 

Nos choix portent souvent sur des quartiers prioritaires, mais pas seulement - par exemple, Bagneux (Haut-de-Seine), où le festival a commencé, n’est pas une zone prioritaire. Nous varions aussi entre gros ensembles, comme Les Ulis (Essonne) qui réunissent plusieurs centaines de logements, et de plus petites résidences entre 60 et 80 foyers. 

Quel est l’axe de la programmation d’Au-Delà des Toits ? 

L’empathie et le sens du commun sont très importants chez nos artistes.

. Les projets peuvent être de tous types : cinéma, photo, arts visuels, théâtre, cirque ou danse urbaine. Le point commun entre tous nos projets est la dimension participative : les habitants sont toujours acteurs des projets qui sont mis en place dans leur immeuble. Nous invitons artistes et compagnies à agir dans une résidence avec ses locataires, pendant plusieurs semaines, mois, voire années. Il ne s’agit donc pas de projets éphémères. Le choix des artistes est important : nous repérons des profils d’artistes qui ont aussi une pratique de médiateur, des capacités de médiation et une souplesse d’esprit. Il est nécessaire qu’ils sachent travailler avec des publics éloignés des pratiques culturelles et des lieux de diffusion. Ils doivent aussi savoir s’adapter à des lieux qui ne sont pas des espaces habituellement dédiés à la culture : en pied d’immeuble, au sein de nos résidences. Ainsi, les restitutions des projets artistiques menés avec nos habitants se font dans les endroits même où ils ont été produits. 

Comment faites-vous le lien avec les habitants ? 

Le lien se fait grâce aux gardiens des immeubles, qui connaissent bien les résidents, mais aussi grâce aux amicales de locataires. De même, les mairies, les services culturels des villes ou les médiathèques de quartier sont toujours des partenaires privilégiés pour ancrer les projets dans le tissu social. 

Quelles sont quelques-unes de vos propositions cette année ? 

À l’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), la compagnie lu² a imaginé une pièce de théâtre à partir des témoignages des habitants. Aux Clayes-sous-Bois (Yvelines), c’est un projet de cirque qui s’est monté avec la compagnie L’Envolée Cirque. Aux Ulis (Essonne), l’association L’Œil du Baobab propose un projet autour du cinéma, avec un véritable studio installé sur place. À Sartrouville (Yvelines), un collectif de rap féminin (Go Go Go !) s’est investi pour faire écrire et produire des morceaux, en partenariat avec la Gaité Lyrique. À Sevran (Seine-Saint-Denis), un jeu vidéo a été monté. Dans tous ces cas de figure, des ateliers ont été proposés aux résidents en amont pour réaliser chaque projet. En tout, le festival propose quinze événements dans douze villes. 

Quels sont les autres projets que vous soutenez en cours d’année ? 

Nous organisons cette année plus de trente projets. Parmi eux, nous proposerons cet automne un projet d’art culinaire pour les étudiants de notre résidence de Créteil (Val-de-Marne), des fresques sous forme de musée à ciel ouvert à Maurepas (Yvelines) ou encore un projet autour de la bande dessinée avec l’artiste Gilles Rochie à Argenteuil (Val-d’Oise). Ce projet sera notamment présenté au festival So BD, qui se déroulera dans la Halle des Blancs Manteaux (Paris 4e) en décembre 2022. 

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