Production

Tourneurs : chez 3C Tour, confiance en la relance malgré la dernière vague de restrictions

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Gel des nouvelles signatures, tournées reportées, équipes affaiblies : le producteur 3C Tour fait contre mauvaise fortune bon cœur alors que les restrictions compliquent encore le métier. Son directeur Christophe Bosc réadapte son calendrier et juge que l'été prochain sera « décisif » pour les artistes.

Johnny Mafia, un artiste 3C Tour en tournée. - © Aaron Benjamin
Johnny Mafia, un artiste 3C Tour en tournée. - © Aaron Benjamin

Quel a été l’impact de la crise sur vos tournées ?

Nous avions en quelque sorte anticipé cette période, la situation restait trop instable, le secteur n’avait pas encore repris son activité avec la fluidité habituelle. Nous avons donc annulé ou reporté 80 % de nos dates sur la période concernée par les restrictions, ainsi que sur mars malgré l’annonce de la fin de celles-ci. Le choix est simple : il n’est pas possible de travailler sereinement ces dates, restrictions ou non. La communication est complexe, le public n’a pas repris toutes ses habitudes.

Certains au gouvernement le pensent peut-être encore (et ce, malgré le fait que leurs aides ont été salvatrices), mais organiser un concert ne se décide pas du jour au lendemain, ce n’est pas comme acheter des produits frais au marché et rouvrir son restaurant le lendemain - même si ce secteur a aussi ses difficultés propres. 

Il nous faudra être d’autant plus créatif pour regagner totalement le public. C’est d’abord sur l’artistique qu’il faudra jouer, mais aussi sur nos façons de travailler et les tarifs que nous appliquons.

Quelques artistes ont quand même maintenu leurs dates en assis, lorsque cela s’y prêtait. Dans le cas des groupes de rock, j'étais fermement réticent à des adaptations en acoustique pour coller à la configuration. Certains ont donc conçu d’autres formes en électrique pour tourner malgré tout, avec des lumières différentes tout en conservant une cohérence artistique - c’est le cas des Bretons de Merzhin

Au-delà de cet hiver, nous avons globalement décalé les tournées et les calendriers de promotion et de sorties, à quelques rares exceptions sur lesquelles nous enclenchons malgré tout la machine, avec une sortie de single par exemple. Certaines tournées se sont étalées sur trois ans du fait des reports, contre un an et demi en général. Cela a été le cas de Renan Luce, par exemple.

La situation affecte-elle toujours votre travail de prospection et de défrichage ? 

Nécessairement, nous devons être lucides. Il faut se concentrer sur les artistes de notre catalogue qui sont en activité, ils doivent travailler. Nous suspendons toute nouvelle signature pour l’instant, même si nous avons tout de même pris à bord il y a peu de temps Marie-Flore, une jeune artiste que nous poussons sur les festivals cet été. Nous faisons patienter beaucoup de projets que nous avons déjà signés, pour ne pas les noyer dans les embouteillages de ce printemps et de l’automne prochain. 

L’enjeu de l'émergence va être particulièrement complexe à partir de maintenant, il faudra que tourneurs et programmateurs prennent leurs responsabilités pour ne pas fermer la porte à toute une génération d’artistes. 

Quel est le comportement du public par rapport à vos artistes ? 

Les cadences restent encore bien faibles. Même sur nos artistes-phares, les choses sont lentes, nous devons multiplier les campagnes de promotion, avec les frais que cela implique. D’habitude, une artiste comme Clara Luciani remplit facilement en amont d’une date. Nous en sommes à 8 000 ventes sur une date à l’Arena de Bordeaux en mars - ce n’est pas alarmant, mais il faut redoubler d’efforts pour atteindre les 11 000 escomptées. Bien sûr, il n’y a pas de péril pour des artistes de ce profil, ils génèrent de l’attente. Du côté des artistes en développement, c’est très dur. 

Il nous faudra être d’autant plus créatif pour regagner totalement le public. C’est d’abord sur l’artistique qu’il faudra jouer, mais aussi sur nos façons de travailler, et les tarifs que nous appliquons. Une enquête a été récemment menée sur le prix des places. Le public les trouve trop chères, ce qui est normal, et nous devrons voir dans quelle mesure il sera possible de faire un effort de ce côté-là. 

Quels dégâts moraux constatez-vous parmi vos artistes et dans votre équipe ? 

Nous en discutons au sein de l'équipe, ainsi qu’avec d’autres sociétés de production. Le doute, l’incertitude, poussent à de grosse remise en cause. Certains techniciens avec lesquels nous travaillions ont arrêté. Cet été devrait être décisif : selon comment il se passe pour chacun, il pourrait en décourager certains, usés d’attendre et d’insister. 

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