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Départements : comment dessiner le futur de la coopération culturelle sur les territoires ?

Par Thomas Corlin | le | Médiation

Un rapport piloté par le Laboratoire d’Usages Culture(s), Arts et Société (LUCAS) (auquel participe la Fédération Arts Vivants et Départements) dresse un bilan plutôt positif de l’action culturelle sur les territoires tout en pointant ses limites. Pour Cédric Hardy, délégué général de la fédération, et Raphaël Besson, directeur de Villes Innovations, l’avenir repose dans la participation citoyenne et les tiers acteurs de la culture.

La conférence-atelier du LUCAS s’est tenue sur l'Île de Piot le 12 juillet dernier à Avignon. - © Fédération AVD
La conférence-atelier du LUCAS s’est tenue sur l'Île de Piot le 12 juillet dernier à Avignon. - © Fédération AVD

Votre rapport distingue plusieurs époques dans la coopération culturelle, quelles sont-elles et où nous situons-nous aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, l’heure est à la « facilitation culturelle » : les biens communs, les droits culturels, le numérique, le design thinking…

Nous devons cette chronologie au chercheur Vincent Guillon, qui travaille pour le laboratoire Pacte et co-dirige l’Observatoire des Politiques Culturelles. Dans les années 80, nous avons connu la décentralisation. Puis la culture a été envisagée comme un levier de développement économique et urbain des métropoles, notamment à travers les Capitales Européennes de la Culture, ou à travers une volonté et des investissements conséquents, comme cela a été le cas dans une ville telle que Nantes. 

Aujourd’hui, l’heure est à la « facilitation culturelle » : les biens communs, les droits culturels, le numérique, le design thinking… Le champ culturel s’adapte au fonctionnement de la démocratie participative et intègre de près des questions sociales et économiques. Pour l’instant, nous sommes encore majoritairement dans une politique de l’offre, où des entités déposent des dossiers pour obtenir des financements. D’autres façons de penser le culturel apparaissent cependant, et des projets sont construits en partant des besoins des citoyens.

Il s’agit de se situer au niveau du trottoir, du quotidien, des problématiques locales, des besoins sociaux, afin d’accompagner les publics pour qu’ils fassent l’expérience par le corps de ces projets culturels. Cela répond à une urgence : aux dernières élections régionales, 2 personnes sur 3 ne sont pas allées voter, c’est presque un accident conjoncturel. Les besoins des gens ne sont pas, en soi, culturels, mais économiques et sociaux. La culture et les services publics peuvent cependant y répondre à leur manière.

Quel état des lieux faites-vous de l’action culturelle des départements et quelles en sont les limites ? 

Le département est conforté dans son rôle, et son fonctionnement est fluide. C’est une politique de contrats, de conventions, qui a ses limites. Les artistes et les habitants sont souvent laissés de côté dans ces décisions, et, parallèlement, la légitimité du pouvoir s'étiole. Tout est encore décidé à distance, depuis des bureaux et selon des expertises qui ne prennent pas forcément en compte la réalité du terrain. 

Nous sommes en faveur d’institutions moins accaparatrices et plus généreuses.

Cela correspond à une époque, à une manière de faire qui a fait ses preuves dans un contexte donné. Or, une génération va se retirer, et il faudra apprendre à parler différemment à la prochaine, à repenser pour elle ce qui fait culture sur les territoires. Nous arrivons au bout d’une politique culturelle, et devons apprendre aux élus à partager le pouvoir avec le plus grand nombre. 

Quelles sont les pistes dans un futur proche ? 

Il ne s’agit pas de tout remettre en cause, nous n’arrivons pas avec une proposition prête-à-porter. Des outils existent et ils peuvent être utilisés de beaucoup de façons différentes. En empruntant les termes de la philosophe Joëlle Zask, nous sommes en faveur d’institutions « moins accaparatrices et plus généreuses », « qui n’arrachent pas l’art de la société ». Tout d’abord, les droits culturels sont désormais inscrits dans la loi, mais presque jamais mis en acte, ce qui pose problème. Ensuite, l’enseignement artistique devrait s’ouvrir à des pratiques extra-occidentales pour se renouveler et être plus inclusif - il fonctionne aujourd’hui selon des schémas datant de 2004. L’animation, la médiation doivent quant à elles être repensées autour de l’axe de la participation citoyenne. 

Enfin, les tiers acteurs culturels doivent jouer un rôle plus important dans le paysage. Ils sont encore difficiles à définir : il peut s’agir d’une médiathèque comme d’un lieu géré par un collectif d’artistes en dialogue avec les institutions - nous pensons par exemple au Komplex Kapharnaüm (Rhône). C’est dans ces espaces que la « facilitation » peut avoir lieu. 

Quelles sont les prochaines missions du LUCAS ? 

Nous travaillons tout d’abord sur un ouvrage qui traitera de la culture de la coopération. Ensuite nous lançons un programme d’action-recherche, qui pourra être déployé auprès de toute collectivité publique ou organisme associé qui le souhaite, dans le souci de diffuser une culture de la coopération et d’explorer collectivement l’ingénierie culturelle de demain. La Nièvre et la Haute-Loire y participeront, entre autres. Enfin, d’autres réunions-ateliers auront lieu, en partenariat notamment avec l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires

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