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Musées : la tech en vedette au salon Museum Connections

Par Thomas Corlin | Le | Médiation

Coproduction ou innovations tech : pour Claire de Longeaux, directrice du salon Museum Connections (19 et 20 janvier 2022 au Parc des Expositions, Paris 15e), si le retour à la normale n’est pas encore acté pour les musées, de nouvelles pratiques se sont imposées.

Le salon attend 4 000 visiteurs sur sa prochaine édition. - ©  Photopointcom
Le salon attend 4 000 visiteurs sur sa prochaine édition. - ©  Photopointcom

Comment ressentez-vous le secteur des musées et du patrimoine depuis la réouverture ? 

Nous n’avons pas le recul pour déterminer, par exemple, si les nouveaux publics acquis par les expériences en ligne menées pendant les confinements ont fréquenté physiquement les musées depuis que cela est à nouveau possible.

Déjà, les musées ont appris quelque chose : c’est qu’ils pouvaient être fermés, ce qui leur a imposé l’urgence de trouver d’autres moyens d’exister, ne serait-ce que temporairement. Tous ont intégré cette donnée et mis en place des stratégies pour y faire face - cela concerne les grands établissements comme les châteaux privés. 

Ensuite, les lieux sont tout simplement soulagés de pouvoir rouvrir, et d’exister tels qu’ils l’ont toujours fait. Cependant, les disparités selon les typologies de lieu et les territoires sont immenses. Un lieu habitué à travailler son public local, et un autre dont une grande partie du visitorat repose sur les internationaux du fait de son attrait touristique, n’ont pas vécu la même reprise. Le pass sanitaire, les contrôles, l’incertitude sanitaire, même s’ils sont font hélas désormais partie de notre quotidien, n’arrangent pas l’accueil du public.

Ainsi, nous ne sommes pas encore revenus à la normale. Le temps n’a pas non plus permis d’avoir les chiffres et le recul pour déterminer, par exemple, si les nouveaux publics acquis par les expériences en ligne menées pendant les confinements ont fréquenté physiquement leurs espaces depuis que cela est à nouveau possible. 

Dans votre réseau, repérez-vous un triomphe du numérique et de ses prestataires ? 

Un marché s’est ouvert, mais il est pour l’instant difficile d’en estimer la pérennité. À Museum Connections, la partie dédiée à la technologie toutes applications confondues est en croissance : en 2020, elle réunissait 37 start-ups et, en 2022, 60.

La tech a injecté beaucoup de nouvelles pratiques dans notre secteur. Tout d’abord, ce sont les visites virtuelles, activités numériques et autres médiations à distance qui ont été expérimentées pendant les périodes de fermeture, et qui ont intégré les missions d’un lieu d’exposition. Tous ont relevé que ces initiatives leur avait fait atteindre des publics qui n’avaient jamais mis les pieds chez eux, et ont ainsi pu mettre en valeur leur lieu et renouveler leur communication de cette façon. Certains supports mis en place pendant la crise sont très fluides et innovants : pour n’en citer qu’un, je penserais aux E-Classes d’Océanopolis (Finistère), dont l’animation à distance parvient à toucher la même efficacité qu’en présentiel. 

La réservation en ligne, héritée des limitations de jauges, est pratiquement devenue la norme.

La monétisation de ces contenus n’est désormais plus une question non plus. Certes, le tarif n’est pas le même, mais ils se doivent d'être payants, car il s’agit d’une offre de qualité, travaillée au même titre que l’expérience sur place. Il existe dans certains cas plusieurs niveaux d’accès à ces contenus, du gratuit au payant. Le défi est désormais de savoir comme une offre numérique coexiste avec une offre en présentiel depuis la réouverture, ces débats sont encore en cours (nous avons réalisé un « meet-up » à ce sujet). 

La tech intervient aussi dans d’autres domaines, notamment dans l’accessibilité des publics empêchés. Jusque là, les espaces d’exposition ne pouvaient proposer qu’une médiation adaptée et des parcours spécifiques, mais aujourd’hui, la tech propose aussi des solutions dans ce champ-là - six start-ups présentes sur notre prochaine édition travaillent là-dessus.

Un stand tech lors de l'édition 2020.  - ©  Photopointcom
Un stand tech lors de l'édition 2020. - ©  Photopointcom

D’autres méthodes de travail ont-elles émergé de cette période ?

Les coproductions d’expositions se multiplient. Désormais, devant la nécessité de diversifier les ressources financières, les lieux conçoivent des expositions à plusieurs et les font tourner entre eux pour en optimiser l’exploitation. Ce modèle existait déjà auparavant (à Universcience à Paris 19e, ou entre la Cité de l’Espace et le Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse), et il est courant chez les producteurs d’expositions itinérantes, mais les lieux eux-mêmes s’en sont désormais emparé. 

C’est aussi la réservation en ligne, héritée des limitations de jauges, qui est pratiquement devenue la norme. Elle fluidifie l’accueil du public et permet en quelque sorte « d’attendre » le visiteur et de lui proposer une expérience optimale, tout en conservant des créneaux pour des visites de dernière minute. 

Quelles dispositions avez-vous pris pour la tenue de votre salon, dans l’hypothèse de nouvelles restrictions ? 

En fin de compte, gérer des flux de visiteurs, c’est notre métier, donc nous ne sommes pas trop inquiets, nous saurons faire. À ce jour, 320 exposants se sont confirmés - nous atteindrons probablement d’ici janvier les 350 de notre précédente édition. 4 000 visiteurs sont attendus sur les deux jours de l'événement, ce qui représente un millier de personnes simultanément - c’est tout à fait envisageable, même avec des restrictions. Nous craignons plutôt que le climat sanitaire du moment ne décourage certains visiteurs au dernier moment. 

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