Ventes, finances

L’Orchestre National de Lille s’adapte aux jauges réduites… et fait le plein

Par Thomas Corlin | le | Billetterie, data

Grâce à la fidélité de son public, l'Orchestre National de Lille (Nord), actuellement en zone rouge, fait partie des quelques institutions culturelles à pouvoir se réjouir en cette rentrée 2020. Son directeur François Bou raconte la réouverture encourageante de la billetterie et partage quelques astuces en limitation de jauges.

 Cette saison, l’ONL jouera le plus souvent en « formation Mozart », à 35 musiciens.
Cette saison, l’ONL jouera le plus souvent en « formation Mozart », à 35 musiciens.

Comment le public de l’ONL a-t-il répondu à la réouverture de votre billetterie ?

Déjà, pour le concert du 14 juillet qui marquait nos retrouvailles avec les spectateurs, les 600 places en jauge réduite s'étaient vendues en 1h15, c'était enthousiasmant. Puis, quand la nouvelle saison a été mise en vente le 1er septembre, il y a eu des files d’attente pendant trois jours, et notre site internet était également très sollicité. Sur les 21 concerts proposés en septembre et octobre, la moitié sont déjà complets. On peut en conclure que le passage en zone rouge n’a pas ralenti nos ventes. 

Logo de l’Orchestra National de Lille
Logo de l’Orchestra National de Lille - DR

Les gens ont vu que nous avions pris des dispositions très strictes pour que tout se passe selon les règles sanitaires en vigueur. Par ailleurs, notre public est très fidèle et attaché à son orchestre, il remplit généralement nos concerts. Nous sommes sur une jauge de 1 750 places en temps normal, et considérons qu’en dessous de 800 places vendues, c’est une petite date. Avec des jauges à 600, il nous semble presque normal que tant de concerts affichent complet aussi rapidement.

Le passage en zone rouge n’a pas ralenti nos ventes.

Enfin, nous avons un public très varié sociologiquement, ainsi qu’en terme d'âge. Ce qui nous a touché, c’est de voir que nos spectateurs les plus âgés n’ont pas été frileux et sont revenus en masse. Les abonnements aussi marchent bien, nous avons déjà dépassé la barre des 1 000 abonnés. 

La file d’attente à l’ouverture de la billetterie de l’ONL à Lille le 1er septembre.
La file d’attente à l’ouverture de la billetterie de l’ONL à Lille le 1er septembre. - © DR

Comment avez-vous procédé pour les réservations et limitations de jauges ?

Tout d’abord, nous ne mettons en vente que sur les deux mois qui viennent. La période de novembre à février ne sera disponible que fin octobre. Sur le prochain trimestre, nous déployons la saison telle que nous l’avions programmée avant mars dernier - les saisons se prévoient très en amont dans le classique. Nous agirons en conséquence si la situation actuelle perdure. 

On a laissé au public des options sur des sièges disponibles dans le cas où la région passerait en zone verte.

Pour respecter les limitations de jauge, nous avons fait un plan de salle en quinconce. On a laissé au public la possibilité de mettre des options sur d’autres sièges qui seraient disponibles dans le cas où la région passerait en zone verte. Ces places sont à régler quelques jours avant si le concert peut avoir lieu en conditions de zone verte. Nous avons trouvé qu’il était plus positif de procéder ainsi.

Le format des concerts aussi a changé, il a été réduit à 70 minutes pour éviter le brassage des entractes. C’est d’ailleurs un format que l’on pense reconduire, en marge des formats traditionnels, pour répondre aux usages de certains publics. 

En musique classique, les restrictions sanitaires affectent aussi grandement ce qui se passe sur scène. Comment l’orchestre se déploie-t-il cette rentrée ? 

François Bou, directeur de l’ONL
François Bou, directeur de l’ONL - © Ugo Ponte

L’ONL en formation complète comprend 100 musiciens. Les mesures de distanciation ont beaucoup fluctué, ce qui a mené à beaucoup d’interrogations, voire des situations handicapantes. Nous jouons actuellement souvent en « formation Mozart », à savoir 35 musiciens, afin de respecter les distances, ainsi que le sens du souffle. Nous montons jusqu'à 45 musiciens cette saison. Nous avons hâte de pouvoir reprendre dans des conditions normales, car cela influe beaucoup sur la qualité du son collectif, et tout simplement sur la capacité des musiciens à s’entendre les uns les autres. 

Beaucoup d’orchestres à l'étranger sont pourtant de retour en formation complète depuis cet été. Je regrette d’ailleurs que la France n’ait pu produire ses propres études scientifiques concernant la distanciation au sein des orchestres. Nous nous sommes référés à celles de Berlin, Munich ou Vienne, mais nous aurions peut-être pu agir différemment si les orchestres français avaient eu les leurs. 

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