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Édition : de nouveaux producteurs sur la plateforme de librairie musicale Cézame depuis la crise

Par Thomas Corlin | le | Droit d’auteur

La librairie musicale ou musique d’illustration a attiré de nouveaux compositeurs avec la crise, selon Pierre-Marie Wudarski, business-developer de la plateforme Cézame, présent au festival les Sœurs Jumelles à Rochefort. Lancée par Frederic Leibovitz il y a près de 15 ans, celle-ci propose un répertoire détaillé de morceaux destinés à des usages variés, principalement dans l’audiovisuel.

De nombreux « tags » permettent d’affiner sa recherche sur la plateforme. - © D.R.
De nombreux « tags » permettent d’affiner sa recherche sur la plateforme. - © D.R.

À qui s’adresse votre librairie musicale et pour quels usages ? 

Le compositeur consent à un usage assez vaste.

Nos utilisateurs sont des gens qui ont besoin de musique pour leurs films : télévision, reportages, publicités, films d’entreprise, documentaires, cinéma, séries, stations de radio, web et digital. Le cœur de l’activité de l’illustration musicale est généralement le cinéma et la publicité, ainsi que les stations de montage des chaînes de télévision, qui puisent beaucoup dans notre catalogue. 

Les usages sont donc très variés et l’artiste ne sait pas toujours exactement où sa musique finira. Dans le contrat, la destination de l'œuvre est « habillage sonore ». Il a donc consenti à un usage assez vaste. Nous lui demandons tout de même son accord dans un seul cas : si la destination est d’ordre politique. 

Quel est d’ailleurs l’accord entre vous et le compositeur ? 

Il s’agit d’un contrat classique d'édition : nous percevons un tiers des droits d’exécution publique - qui sont les droits principaux - et le reste revient aux compositeurs. En revanche, il existe une spécificité à la librairie musicale : l’auteur perçoit 20 % des droits mécaniques, et l'éditeur 80 %. 

Dans le cas d’une composition originale, ce qui représente une grosse part de notre catalogue, nous sommes à la fois éditeurs et producteurs : nous payons le studio et le compositeur. Dans tous les cas, nous assurons la protection juridique et le développement commercial de la musique présente sur notre plateforme. 

Nous nous devons de proposer des choses jamais entendues à nos clients.

Dans d’autres cas, nous proposons aussi un service seul de gestion de droits, qui inclut tracking et copyright - nous le faisons par exemple pour des sociétés de production audiovisuelle qui veulent protéger leur musique de film. 

Concernant nos clients, ils peuvent utiliser des morceaux de notre catalogue selon différentes formules : une licence annuelle pour ceux qui en utilisent un volume important, des contrats de synchronisation ou d’autres forfaits. 

Comment fonctionne la plateforme ? 

Il est possible d’explorer le catalogue de plusieurs façons : soit en découvrant ce que l’on propose sur la page d’accueil, à travers notamment des albums à thème, ou d’entrer une recherche avec des tags précis - les termes employés auront chacun une prépondérance variable dans le contenu du morceau sélectionné. 

Les albums « à thème » correspondent soit à des ambiances, des motifs culturels, des époques, ou à des critères plus abstraits, comme des « narratifs émotionnels ». Cela peut aller du be-bop des années 50 jusqu’aux superhéros, en passant par le sport ou l’art contemporain. 

Fonctionnez-vous sur une logique de commande ? 

Comme un label, nous opérons un travail de curation, de direction artistique, de repérage.

Dans certains cas, des labels nous proposent des morceaux existants de leur catalogue, et nous étudions ceux qui peuvent correspondre à ce type d’usage. Dans d’autres cas, les artistes répondent à des commandes selon des thématiques. Certains albums à thèmes comportent les travaux de différents artistes qui interprètent parfois très différemment l’ambiance ou le motif imposés. D’autres sont composés par un seul artiste dont la musique collait particulièrement à tel ou tel exercice. Nous proposons aussi un label dédié aux musiques de trailers, un genre un peu spécifique que certains de nos artistes maîtrisent particulièrement bien.

Comme un label nous recevons beaucoup de démos d’artistes et opérons ainsi un travail de curation, de direction artistique, de repérage. Si un morceau ne correspond pas aux attentes de telle ou telle compilation à thème, nous ne l’intégrons pas au catalogue. 

Quelles sont les musiques les plus sollicitées par vos clients et comment faites-vous évoluer votre offre ? 

Il existe toujours des tendances dominantes et des besoins récurrents.

La musique de librairie est un travail de longue haleine, avec son histoire, ses tendances. À certaines époques, elle était réputée - certains albums des années 60 sont d’ailleurs devenus des objets cultes, et des mannes de samples pour le rap ou les musiques électroniques. Aujourd’hui, elle est méconnue, peu visible, éventuellement jugée avec condescendance, alors que de nombreux producteurs reconnus dans leur secteur y contribuent avec des travaux de qualité. Nous avons d’ailleurs accueilli de nombreux nouveaux compositeurs depuis le début de la crise. 

Il existe toujours des tendances dominantes, et des besoins récurrents : actuellement, il s’agit de la néo-folk gentillette avec des claps, de la pop synthétique vocodée ou sifflotée, ou de la trap. La musique proposée est souvent instrumentale, mais nous travaillons avec des pistes séparées, permettant d’isoler certaines parties. Il relève cependant de notre travail de proposer quelque chose de différent à nos clients, qu’ils n’ont pas forcément déjà entendu. Cela renouvelle leur intérêt, et ne nécessite pas forcément d'être très précurseur. 

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