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Centres d’art : la DCA alerte sur les conditions de travail post-crise

Par Thomas Corlin | le | Organisations et réseaux professionnels

Dans un communiqué, l’Association Française pour le Développement des Centres d’Art Contemporain (DCA) déplore une grande pression sur des effectifs réduits dans leurs établissements et des incertitudes sur leur pérennité. Co-présidente de l’Association et directrice de la Villa du Parc à Annemasse (Haute-Savoie), Garance Chabert fait remonter quelques cas pratiques recensés dans le réseau.

La DCA lance sa nouvelle identité visuelle courant septembre. - © D.R.
La DCA lance sa nouvelle identité visuelle courant septembre. - © D.R.

Les difficultés pointées dans votre communiqué datent-elles de la pandémie ? 

La direction est un poste périlleux : elle est censée être artistique, administrative et RH.

La problématique de la précarité des effectifs et des financements des centres d’art en général est un enjeu structurel, qui ne date pas de la crise. La pandémie a peut-être aggravé la situation cependant. Tous les centres d’art ont durement travaillé à imaginer de nouveaux formats pour palier la fermeture des lieux, et ces expérimentations, souvent fructueuses, se sont pérennisées au point de constituer de nouvelles activités qui s’ajoutent aux fiches postes déjà bien chargées du personnel. Il s’agit par exemple de médiation en ligne ou hors les murs, d’activités scolaires dans les établissements et non plus dans l’enceinte du centre, ou encore de journaux en ligne.

Les résidences de recherche et de création se sont aussi intensifiées, étant devenues une source importante de rémunération pour les artistes. Ainsi, ce surplus d’activité, qui s’ajoute aux expositions, produit une tension sur des équipes aux moyens limités, déjà bien éprouvées par la crise en elle-même. 

Hormis ce surplus d’activité, quelles sont les sources de souffrance au travail dans les centres d’art ? 

Ce sont des cas parfois graves, qui sont encadrés par la médecine du travail. La surcharge déjà mentionnée ne fait que s’ajouter à la situation déjà très délicate de l’emploi dans nos établissements : les postes sont mal rémunérés malgré une grande exigence et un niveau d'études assez élevé, leurs fonctions sont transversales, avec des fiches-postes très polyvalentes, les contrats sont très précaires, souvent des CDD et en temps partiel. La direction est par exemple un poste périlleux : elle est censée être artistique, administrative et RH. 

Le communiqué mentionne aussi la remise en cause du soutien de certaines collectivités. Est-ce fréquent ? 

Là encore, oui, mais cela ne date pas de la crise. Cela arrive souvent lors de remplacement de postes, notamment à la direction. Certaines municipalités interrogent la nécessité de leur investissement dans un centre d’art lorsque la direction est en transition. Parfois, ce poste n’est remplacé que par un CDD de six mois, instaurant ainsi une grande précarité et alimentant les doutes sur le futur du lieu. 

Votre réseau rassemble une cinquantaine de lieux, combien sont concernés par ces difficultés ? 

Le budget médian est de 385 000 euros - fonctionnement et programmation inclus.

Nous avons des inquiétudes sur une dizaine de lieux, ce qui est un nombre non négligeable. Parmi des exemples notables, le LIFE à à Saint Nazaire (Loire-Atlantique), un centre labellisé d’intérêt national co-géré par le Grand Café et situé dans une ancienne base sous-marine, est au cœur d’une négociation avec la mairie qui remet en cause sa présence sur ce site. À Thouars (Deux-Sèvres), la municipalité se pose également la question de l’utilité du centre d’art la Chapelle Jeanne d’Arc, également labellisé, suite au départ de sa directrice. Heureusement, dans la majorité des cas, les soutiens aux centres sont renouvelés.

Dans ce type de cas, le Ministère de la Culture offre-t-il son arbitrage ou son soutien ? 

60 % du financement des centres d’art proviennent des collectivités territoriales et l'État est donc minoritaire dans son soutien. Néanmoins, le Ministère de la Culture est très attentif au sort de nos établissements, et le réseau de la DCA travaille avec l'État pour traiter de ces problèmes, en particulier lorsqu’il s’agit d’un lieu labellisé.

Quelle sont la taille et le budget moyens des lieux que réunit votre réseau ? 

Cela peut être assez varié, étant donné qu’un site aussi important que le Palais de Tokyo y figure. Néanmoins, il ne représente pas la majorité des centres d’art. Le budget médian d’un centre d’art et de 385 000 euros par an - une somme qui est censée couvrir le fonctionnement et la programmation artistique. Ces lieux font généralement travailler de 4 à 8 permanents. Sur le réseau, certains lieux ont jusqu'à 50 ans d’existence, mais leur existence peut-être ébranlée du jour au lendemain, la culture étant souvent une variable d’ajustement en période de crise. 

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