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Patrimoine : comment obtenir le label Centre Culturel de Rencontre ?

Par Thomas Corlin | le | Lieux, résidences, locaux de répétition

L’IMEC à Caen (Calvados), l’Abbaye de Royaumont à Asnières-sur-Oise (Val-d’Oise), la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (Vaucluse) : tous sont des Centres culturels de rencontre, un label injustement méconnu de projets artistiques abrités dans des sites patrimoniaux.  Déléguée générale de l'association qui les fédère (ACCR), Odile Pradem-Faure en présente les enjeux, en amont des premières rencontres du réseau, du 19 au 21 mai à l’Abbaye d’Ambronay (Ain).

Le festival de Saintes dans l’Abbaye des Dames à Caen, un des lieux du réseau. - © Michel Garnier
Le festival de Saintes dans l’Abbaye des Dames à Caen, un des lieux du réseau. - © Michel Garnier

Quels types de sites peuvent être labellisés Centres cultures de rencontre ?

La notion de patrimoine est ici à prendre au sens large. Dans de nombreux cas, il s’agit d’abbayes, de châteaux, mais les CCR ne se limitent pas à l’architecture ancienne. Le patrimoine naturel est aussi pris en compte, comme c’est le cas en Corse avec l’Aria. Il est également arrivé qu’un village entier soit labellisé, comme au Pays Basque. Dans tous les cas, il s’agit de contribuer à la restauration, l’entretien et la mise en vie de ce patrimoine par le biais d’un projet artistique singulier. 

Quels projets habitent-ils ces lieux ? 

Le projet doit être permanent, et conjuguer deux finalités majeures : la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine, et la réalisation d’un projet de création et de transmission sur la base d’un thème culturel spécifique. Dans le réseau, beaucoup sont consacrés à la musique (Royaumont ou le Domaine de Thiré en Vendée), mais d’autres portent sur des champs plus spécifiques, comme le droit constitutionnel et les humanités au Château de Goutelas (Loire) ou l’oralité à la Bastide-Clairence (Pyrénées-Atlantiques). 

Ils se doivent d'être des centres de réflexion, de création, de résidence et de rencontres, avec un programme d’actions culturelles solide pour maintenir une forte implantation dans leur territoire.

Qui les porte ? 

Le label exige une autonomie de gestion de la part de la structure qui la pilote, qu’importe son statut juridique. La direction doit être professionnelle et non bénévole - même si la plupart des projets sont nés de la société civile et ont été lancés bénévolement. 

Quel est leur modèle économique ? 

Les CCR ne se limitent pas à l’architecture ancienne

Le label dote le projet d’une subvention variable selon sa taille et sa nature, quelque part entre 30 000 et 200 000 € par an. Les financements hybrides sont cependant encouragés : plusieurs lieux cumulent des activités commerciales d’hôtellerie, de tourisme ou de privatisation, et dépendent en partie du mécénat. Faire l’objet du soutien financier ou matériel d’une ou plusieurs collectivités territoriales est aussi une condition sine qua non à l’obtention du label. 

Comment le label est-il décerné ? 

Par le passé, l’association effectuait repérage et labellisation. Depuis 2016, il s’agit d’un label d'État, financé par le Ministère de la Culture et décerné à l’issue d’une commission présidée par les DRAC et le Préfet de Région. 

Quel est le rôle de l’association ?

Depuis bientôt 50 ans, elle accompagne les lieux labellisés et intègre ceux-ci aux politiques culturelles. Elle aide également les porteurs de projets à constituer leur candidature. Nous communiquons aussi sur ce label, trop peu connu selon nous : il y a peu, nous avons constaté que l’Association des Départements de France n’en connaissait pas l’existence, alors que les lieux labellisés sont très identifiés. 

Combien de lieux appartiennent au réseau ? 

La France compte 21 CCR, mais le label a aussi été décerné à une quarantaine de sites étrangers, bien qu’ils ne touchent naturellement pas de subvention française. La plupart sont en Europe, de la Belgique jusqu'à la Hongrie, mais nous en comptons deux en Chine, avec lesquels les liens se sont forcément distendus pour raisons sanitaires et diplomatiques, un au Bénin, et un autre est en cours de création en Inde.

Qu’attendez-vous de ces premières rencontres organisées par l’association ? 

Nous nous réunissons autour d’une des thématiques chères au réseau : l’insertion professionnelle, notamment celle des jeunes musiciens. Ce premier rendez-vous vise à animer le réseau, mais s’adresse aussi aux étudiants, aux professionnels de la culture, aux jeunes créateurs et indirectement aux élus. Nous espérons qu’ils deviennent réguliers, et nous ambitionnons d’en organiser régulièrement pour traiter des activités communes à tous les CCR, comme les résidences, l’hospitalité, la vie des jardins.

L’ACCR, en bref

• Association regroupant les « Centres culturels de rencontre » (lieux de patrimoine dédiés à des projets artistiques, culturels et scientifiques novateurs)

• Créée en 1973 à l’initiative de Jacques Rigaud (Chartreuse, Vaucluse), Jean Salusse et Jacques Duhamel.

• Missions : coordonner en France et de développer à l’international le réseau des CCR, représenter ses membres dans les instances nationales, européennes et internationales, coordonner pour le ministère de la Culture deux programmes de résidence permettant aux CCR français d’accueillir des artistes et professionnels de la culture étrangers ou réfugiés.

• Président : Hubert Tassy

• Déléguée générale : Odile Pradem-Faure (depuis le 22/03/2021)

• Contact : Juliette Vernier, responsable communication et production

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