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#rentrée2020 : « La solidarité des réseaux pro nous a aidés » (K. Deboudt, Bivouac et Boîte à Sel)

Par Thomas Corlin | le | Rh, formation, intermittence

Comment la culture prépare-t-elle sa rentrée 2020 alors que persistent les incertitudes autour de la crise de la Covid-19 ? Culture Matin interroge différents acteurs du secteur au fil de l'été. Aujourd’hui, Kristina Deboudt, administratrice de la compagnie de cirque Bivouac et de la compagnie de théâtre La Boîte à Sel à Bordeaux.

« Block » de la compagnie Boîte à Sel - © Frédéric Desmesure
« Block » de la compagnie Boîte à Sel - © Frédéric Desmesure

Comment la crise a-t-elle touché les compagnies pour lesquelles vous gérez l’administratif ?

La situation a engendré une perte de 90 % de notre chiffre d’affaires.

Les annulations ont mis un peu de temps à arriver, mais on a tout de suite compris que l’année était morte. La compagnie de cirque Bivouac vit principalement de tournées en espace public, de mars à octobre. C'était une année de diffusion, le spectacle était déjà identifié, et la tournée complète. 47 dates ont été annulées, 3 maintenues (une en Espagne, 2 à Auch), sous réserve. La compagnie n’est subventionnée qu'à 10 %, et emploie 30 personnes à raison de 5 équivalents temps plein.

La situation a engendré une perte de 90 % de notre chiffre d’affaires, à savoir 450 000 €, et nous a forcé à nous séparer de 2 personnes (quelqu’un à la communication en période d’essai, et quelqu’un en gestion de tournée), au moment où nous n’avions aucune visibilité. La compagnie construit également des structures monumentales de cirque, et les commandes ont été retardées. Le chômage partiel pour les techniciens et les artistes a été calculé sur les 50 dates confirmées, beaucoup d’autres étant en option et ne pouvant pas être prises en compte. 

« Perceptions » de la compagnie Bivouac
« Perceptions » de la compagnie Bivouac - © Eric et Christelle Simon

Nous n’avons pas pu aborder franchement la question des indemnités avec les divers lieux avec lesquels nous travaillons : on sentait que ça coinçait. Par contre, les réseaux professionnels, qu’il s’agisse de fédérations ou de l'AGEC, ont été d’un soutien inestimable, notamment pour me permettre de gérer cette hausse inédite d’activité administrative. Les soutiens apportés par la Région, le Département, la Ville de Bordeaux, la DRAC Nouvelle Aquitaine et l’Oara via des subventions ou un soutien à la diffusion et à la visibilité vont être essentiels à la poursuite de notre activité.

La Boîte à Sel, l’autre compagnie dont je gère l’administratif, a vécu les choses autrement. C’est une compagnie de théâtre qui comprend 4 équivalents temps plein, et qui travaille actuellement de septembre à juin sur des spectacles jeune public. À l’exception d’une tournée québécoise annulée sans indemnité, les autres dates avec des scènes nationales ont été payées en sessions complètes, et d’autres ont été reportées à la saison suivante. La compagnie init 40 % de son chiffre d’affaire.

Comment envisagez-vous la reprise ? 

Les contrats s'écrivent désormais avec une « clause Covid ».

Pour la compagnie Bivouac nous avons programmé d’autres dates de « Perceptions » pour l’automne, mais les contrats ne sont pas encore signés. On fait comme si ces dates allaient avoir lieu quoiqu’il arrive. Dans certains cas, il y a des problèmes de jauge et on s’adapte. Par exemple, en Espagne, le lieu doit nous faire jouer en intérieur, et donc réduire la jauge de 3 000 à 300. La date a dû être doublée, et nous avons dû adapter le prix. 

Krstina Deboudt
Krstina Deboudt - © DR

Les artistes se sont remis à répéter et à s’entraîner à l'École du Cirque de Bordeaux. Quant à moi, j’ai relancé les demandes de subventions pour la prochaine création, et c’est très complexe. Avec cette année d’inactivité, nous allons vite épuisé notre trésorerie. Or, les subventions viennent souvent en plusieurs parties, d’abord une petite part, puis la grosse en fin de création, et cette fois-ci ça ne pourra pas tenir. 

Pour la Boîte à Sel, 200 dates de « Block » sont prévues pour la saison prochaine. Les contrats s'écrivent désormais avec une « clause Covid ». Nous cherchons d’ailleurs à négocier une indemnité fixe, mais personne ne veut s’engager sur un montant pour le moment. 

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