Production

Classique : pour les ensembles indépendants, reprise des concerts mais grande incertitude

Par Thomas Corlin | le | Actualité

Moins de risque, plus d’incertitude : les orchestres indépendants s’inquiètent pour leur avenir, d’après la Fédération des Ensemble Vocaux et Instrumentaux Spécialisés (FEVIS). L’organisme centralise leur actualité d'été pour une meilleure visibilité, et décrit une reprise riche en quantité, mais timide en fréquentation et dans ses programmations, d’après son délégué Louis Presset.

Le Poème Harmonique au Festival À Ciel Ouvert - © Charles Plumey
Le Poème Harmonique au Festival À Ciel Ouvert - © Charles Plumey

Quelle est la spécificité des ensembles que représentent la Fevis ? 

La Fevis réunit des ensembles qui défendent un répertoire de patrimoine et de création, datant du baroque (voire d’encore avant) et s'étalant jusqu’au contemporain. Ils sont « indépendants » en ce qu’ils ne sont pas rattachés de façon permanente à une collectivité territoriale ou à une institution, ou ne sont pas des formations fixes comme les orchestres philharmoniques. Par exemple, deux artistes se réunissent autour d’un répertoire particulier voire d’un mode de production, s’entourent de musiciens également portés sur cette même ligne artistique, et montent le projet avec des moyens hybrides. Leur taux de subventionnement est généralement inférieur à un tiers, et le reste du financement dépend de mécènes et de recettes propres - principalement la billetterie, ou la vente directe de concerts à des structures, parfois elles-mêmes subventionnées, comme les festivals ou des établissements publics. 

Dans ces ensembles, certains musiciens ont un pied dans plusieurs structures, travaillant au cachet dans des orchestres fixes, en tournée sur des orchestres indépendants. Une grande partie est en intermittence, mais pas tous. Aussi, ces orchestres sont généralement concurrents les uns les autres, puisqu’ils doivent se placer sur le marché. 

Enfin, il n’existe pas pour nos ensembles de réseau aussi puissant que les SMAC en musiques actuelles, ou que les CDN en spectacle vivant. Et il est aussi à noter qu’un cinquième de nos concerts se passent à l'étranger et ne sont donc pas payés en France. 

Quelle forme a adopté la reprise pour votre segment de la scène classique ? 

Les choses ont bougé et la confiance s'étiole. L’anticipation est plus faible qu’avant, ce qui limite les investissements forts dans des projets. Comme partout, les ensembles avec le plus d’envergure sont moins touchés que les autres et les répertoires les plus « sûrs » ont plus de succès. De façon générale, les prises de risques ont disparu. Trouver un producteur sur un répertoire plus pointu devient très délicat. De fait, une grande partie du répertoire n’est plus jouée. 

Trouver un producteur sur un répertoire plus pointu devient très délicat.

Sur une année normale, nos ensembles produisent 5 000 concerts. Nous n’avons pas encore de chiffre sur 2022, mais à vue de nez ce nombre ne va pas diminuer. Ce sont les formats et les proportions qui ont changé. Les programmateurs n’osent plus s’engager sur des ensembles volumineux et ont tendance à baisser les cachets, par crainte de ne pas vendre assez de billets. Ces baisses affaiblissent sérieusement notre écosystème. 

Dans ce contexte, quelles sont vos craintes à moyen terme ? 

Même si nous sommes peu subventionnés, les collectivités territoriales représentent d’importants financeurs pour nos musiques, et pour ceux qui font jouer ces musiques. Nous nous interrogeons sur le maintien de leur soutien à l’avenir. Notre troisième financeur est également fragilisé : les organismes de gestion collective ne sont plus dans leur état d’avant la crise. Le Centre National de la Musique a été d’une grande aide pendant la crise, et nous lui sommes reconnaissants. Cependant, nous nous interrogeons sur la pérennité d’aides spécifiques à notre secteur. 

Par quelles actions la Fevis soutient-elle ses 180 membres ? 

Nous nous sommes mobilisés pour offrir de la visibilité à leurs événements. Nous avons réuni autant de concerts que possible dans un agenda numérique sur la saison estivale. Au total, c’est plus de 500 concerts, même si il y en a peut-être encore davantage : plus de 100 en musique médiévale et renaissance, 250 en baroque, 100 en classique/romantique, 100 en contemporain, etc. Ils se tiennent autant dans des grandes salles que dans des villages ou des jardins. 

Côté médias, nous avons conclu un partenariat avec France Musique qui nous offre un créneau tout l'été entre 12 et 13 heures sur l’actualité de nos ensembles. Diapason et France Musique leur ont aussi consacré une journée complète en juin dernier. 

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