Production

Musique classique : comment le festival d’Aix-en-Provence se relance-t-il après la crise ?

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Rendez-vous incontournable de la scène lyrique et classique, le Festival d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), du 4 au 23 juillet, a-t-il été relativement épargné par la crise ? Côté fréquentation du public, c’est le cas, affirme son secrétaire général Jérôme Brunetiere, qui craint cependant les retombées du conflit ukrainien.

« Songe d’une nuit d'été » de Robert Carsen au Théâtre de l’Archevêché en 2021. - © Vincent Pontet
« Songe d’une nuit d'été » de Robert Carsen au Théâtre de l’Archevêché en 2021. - © Vincent Pontet

Le festival d’Aix-en-Provence a pu se maintenir en 2021, quel bilan en tirez-vous ? 

Nous avons bénéficié d’un moment où la campagne de vaccination avait déjà bien avancé, où le pass vaccinal rassurait les gens, et où le taux de contamination était bas - il est pourtant remonté au cours de l'été. Nos baromètres habituels n'étaient plus pertinents dans cette situation, nous étions donc d’autant plus attentifs à ce qu’il se passait du côté du public. La billetterie a connu plusieurs périodes, au fil de l’actualité du moment, avec des périodes très intenses, puis des arrêts complets. En fin de compte, le public est revenu - tardivement, mais massivement, âgé ou non. La programmation était pourtant surchargée du fait des reports, avec trois opéras à l’Archevêché, ce qui était peu commun. 

L’ouverture de la billetterie en janvier 2022 fut même meilleure que celle de 2019.

Du côté de nos équipes, ce fut en revanche une expérience harassante et sans précédent, en coulisse comme en salle. La mise en place des bulles sanitaires a été un périple, mais nous ne l’avons pas fait pour rien. Tous les spectacles ont pu jouer, à l’exception d’une partie de notre programmation gratuite de juin, rabotée en raison du maintien d’horaires sanitaires.

Économiquement, même si nous avons dû essuyer les conséquences de l’annulation 2020 (malgré quelques spectacles en vidéo), nous avons échappé au sort d’autres manifestations qui ont dû sacrifier deux éditions consécutives. 

En interne, les restrictions sanitaires sont-elles toujours en vigueur chez vous ? 

Nous avons effectivement fait le choix de conserver le port du masque dans nos bureaux et dans les répétitions. Ce sont des mesures de prudence qui font sens dans notre secteur, où d'énormes productions sont entièrement abandonnées à cause de cas de Covid - cela a été le cas récemment à l'étranger. 

Cette année, quelle est la dynamique au niveau de la fréquentation ? 

L’ouverture de la billetterie en janvier a même été meilleure que celle de 2019. L’annonce du programme 2022 a été très bien reçue, notamment suite à l'édition 2019 qui avait été plébiscitée par les professionnels, le public et la critique. Le mois de mars a été plus calme, mais c’est une courbe classique pour notre billetterie. Je m’interroge désormais sur d'éventuels effets du conflit ukrainien sur la billetterie : l’augmentation de l’essence, le climat général, peuvent nuire à la consommation culturelle. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. 

La guerre en Ukraine a-t-elle eu en revanche d’autres conséquences pour le festival ? 

Notre directeur Pierre Audi a développé une série de concerts en parallèle des opéras.

Nous avons rompu nos collaborations avec des théâtres soutenus par l'État russe, ce qui a nécessairement des conséquences financières. Nous avons ainsi renoncé à coproduire Salomé avec le Théâtre Novaya (Moscou). Le spectacle est maintenu, la part prise en charge par Novaya a été couverte par le Festival, certains artistes russes n’y participent plus et sont donc remplacés. Notre collaboration avec le Théâtre du Bolchoï a également été suspendue, et ce malgré la prise de position courageuse de son directeur Vladimir Urin (favorable à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, il s’est positionné contre l’intervention militaire du Président Russe en février dernier, NDLR). 

Le Stadium de Vitrolles où se tiendra « Résurrection » de Gustav Mahler par Roméo Castellucci. - © Vincent Beaume
Le Stadium de Vitrolles où se tiendra « Résurrection » de Gustav Mahler par Roméo Castellucci. - © Vincent Beaume

En terme de programmation, quelles sont les nouvelles formules imaginées cette année ? 

Elles ne sont pas totalement nouvelles, mais s’installent dans les habitudes des spectateurs. Notre directeur Pierre Audi a développé une série de concerts en parallèle des opéras, à raison d’une fois par jour. Ce sont notamment des versions de concert d'œuvres présentées sous forme leur forme opéra dans la même édition, et les festivaliers les ont désormais en tête. Nos programmations autour de la Méditerranée et du jazz se sont aussi étoffées, et nous permettent notamment de nous engager en matière de diversité et de parité homme-femme. 

Enfin, le festival programme cette année dans un lieu inhabituel, le Stadium de Vitrolles. Cet équipement avait été conçu pour le handball et les musiques actuelles, mais n’a connu qu’une courte exploitation avant d'être abandonné. Il s’est détérioré au fil des ans, et une mise aux normes a été nécessaire pour accueillir Résurrection de Romeo Castellucci, à la fois spectacle symphonique autour de la 2e Symphonie de Mahler et installation d’art contemporain. Il ne s’agit pas cependant d’une remise en service complète du bâtiment, qui nécessiterait des travaux bien plus conséquents. 

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