Production

Paris : retours positifs sur l’expérience gratuite de l’Hyper Festival, et reprise progressive

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Initiative en réponse à la détresse du secteur culturel depuis la crise, l'Hyper Festival s’est étalé cet été sur plus de 800 propositions gratuites et en plein air, dans tout Paris. L’adjointe à la culture de la Ville, Carine Rolland, replace l’expérience dans une politique de démocratisation culturelle sur le long terme, et témoigne d’une rentrée enthousiasmante mais plus spontanée de l’activité artistique.

Spectacle « That’s All Right Paname ! », le 22 août au Bassin de la Villette (Paris 19<sup>e</sup>) - © Jean-Baptiste Gurliat / Ville de Paris
Spectacle « That’s All Right Paname ! », le 22 août au Bassin de la Villette (Paris 19e) - © Jean-Baptiste Gurliat / Ville de Paris

L’Hyper Festival est-il purement le fruit du contexte pandémique ? 

850 événements à Paris s'étalant du baroque à l'électro, de la photographie aux arts du cirque.

Oui, en grande partie, même s’il s’inscrit dans une démarche visant à expérimenter des formes de diffusion hors salles et institutions que nous menions déjà avant la crise. La situation nous permet de tester d’autres façons de mettre les manifestations artistiques au contact direct de la population, par delà les publics déjà définis et visés par les établissements culturels, le champ social ou scolaire. En l’occurrence, il s’agit de la reconduction, à plus grande échelle, d'« Un Été Particulier », une série d'événements mise sur pied dans l’urgence l’année dernière, en réponse à l’absence de culture suite au premier confinement. 

Cette année, nous avons lancé un appel à projets dès avril et pu programmer avec davantage de visibilité dès mai et juin. Il y a donc eu 850 événements à Paris (des villes de petite couronne se sont manifestées pour proposer leur propre programmation), s'étalant du baroque à l'électro, de la photographie aux arts du cirque. Tout s’est déroulé gratuitement et en plein air. 

Ce format vous a-t-il permis d’alléger le protocole sanitaire ?

Rarement. La consigne a été d'établir un périmètre tant que cela était faisable, parfois avec de la rubalise, d’autres fois de façon plus poétique avec des coussins, afin de pouvoir contrôler les pass sanitaires. Cela a été un travail de chaque jour avec les compagnies qui ont, autant que possible, trouvé des manières moins rigides de le faire. Dans quelques cas, principalement sur des spectacles déambulatoires rendant impossible la définition d’un périmètre, nous avons pu passer outre cette réglementation.

La manifestation a-t-elle eu lieu sur le budget habituel alloué à la culture par la Ville de Paris ? 

Non, il s’agissait du fonds de soutien dédié à la Ville, enclenché puis voté par le Conseil de Paris au Printemps 2020, et étalé jusqu’en 2021 du fait de la durée de la crise. 

Quelle était la charge technique de ces spectacles ? 

Le public s’est habitué à l’incertitude, et se décide au dernier moment.

Les formes variaient. Dans beaucoup de cas, nous avons proposé des spectacles légers en production, réunissant quelques dizaines de spectateurs. Dans d’autres, nous avons mobilisé des moyens conséquents, comme lors d’un événement de deux jours au Trocadéro (Paris 16e), qui a requis le montage d’une vraie scène et réuni des milliers de personnes. Il y eu aussi aussi, par exemple, un défilé artistique organisé autour de l’Atelier des Artistes en Exil dans les Jardins du Palais Royal (Paris 1er).

Quels étaient les critères de l’appel à projets ? 

Il s’agissait d’aider les artistes et compagnies professionnels dans cette période périlleuse. Les amateurs comptent, naturellement, et quelques-uns ont figuré dans une mise en scène conçue à la Maison des Pratiques Amateurs (qui a plusieurs antennes dans Paris) mais dirigée par une metteuse en scène professionnelle. Ce sont les professionnels, et avant tous les intermittents, qui étaient visés par cet appel à projets. 

La Bahia Dance Company à l’Institut du Monde Arabe (Paris 5e) le 21 juillet 2021 - © Guillaume Bontemps/Ville de Paris
La Bahia Dance Company à l’Institut du Monde Arabe (Paris 5e) le 21 juillet 2021 - © Guillaume Bontemps/Ville de Paris

Des opérations similaires seront-elles reconduites ?

Nous annoncerons bientôt un événement de ce type concentré sur l’art contemporain, dans la lignée de la Nuit Blanche (2 octobre 2021). Des expositions et des parcours seront proposés autour d’une cinquantaine de pièces issues du fonds d’art contemporain Paris Collection, dans divers lieux du quotidien, à la fois dans l’espace public, mais aussi dans les bibliothèques, les centres sportifs, sociaux, etc. 

D’après vos retours, comment se déroule jusque là le lancement de cette saison culturelle ? 

Concernant les protocoles sanitaires, les lieux se sont professionnalisés, quitte à inventer de nouveaux métiers, et le public s’y conforme dans l’ensemble. Quant au retour des spectateurs, c’est encore incertain à l’heure actuelle. Il y a du monde dans les salles, certes, mais les habitudes changent. Le public s’est habitué à l’incertitude, et se décide au dernier moment. La fidélisation s'étiole assez vite, et met du temps à se recomposer. Nous attendons encore de voir les spectateurs reprendre des habitudes de planification. 

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