Production

Culture et ruralité: convictions et actions du théâtre Jean Lurçat, Scène nationale d’Aubusson

Le | Diffusion, booking

Depuis sa création en 1981, le théâtre Jean Lurçat, scène nationale d’Aubusson joue un rôle majeur dans la vie culturelle de la Creuse. Directrice de l’établissement, Christine Malard nous explique comment le théâtre agit dans le département.

« Hêtre » de la compagnie Libertivore sur la colline du Chapitre à Aubusson pendant l'été 2021. - © D.R.
« Hêtre » de la compagnie Libertivore sur la colline du Chapitre à Aubusson pendant l'été 2021. - © D.R.

Comment déployez-vous vos actions sur le territoire de la Creuse ?

Dans la Creuse et plus globalement en milieu rural, le vivre ensemble est très important. Il donne lieu au faire ensemble.

Nous menons des actions dans notre salle et en extérieur, et des actions de proximité. Notre salle peut accueillir jusqu’à 240 personnes. Notre objectif est d’offrir une programmation diversifiée avec une importante dimension politique. En tant que Scène nationale, nous devons être en mesure de proposer des spectacles qui transforment le public. Le théâtre est un outil de réflexion sur notre société. Les spectacles doivent résonner avec le quotidien et les préoccupations de nos spectateurs. Lorsque nous construisons notre programmation, nous sommes dans une démarche de collaboration. L’enjeu est de faire du théâtre un lieu familier. Nous dialoguons énormément avec les politiques locaux et les habitants de la région. Dans la Creuse et plus globalement en milieu rural, le vivre ensemble est très important. Il donne lieu au faire ensemble. Les relations humaines que l’on développe doivent être mises au service de l’artistique.

Nous menons de nombreuses actions de proximité. Nous proposons par exemple des veillées. Les habitants peuvent faire venir des artistes chez eux. Ils font un choix entre trois compagnies qui envoient un duo de comédien à leur rencontre pour une représentation théâtrale. Nous proposons également des ateliers de lecture dans les cafés et restaurants. D’habitude, le public se déplace en salle pour voir du théâtre. Nous avons fait le pari d’agir à contre-courant. Nous proposons également des représentations en extérieur avec des formes qui interrogent le paysage, comme nous l’avons fait en mai dernier avec le spectacle Silva de Fanny Soriano dans le parc naturel régional de Millevaches en Limousin. Ces moments rendent le théâtre plus accessible au public car les lieux en extérieur sont moins solennels qu’une salle.

Les jeunes sont au cœur de vos préoccupations, comment travaillez-vous auprès d’eux ?

Les élèves de l’option théâtre à Aubusson. - © D.R.
Les élèves de l’option théâtre à Aubusson. - © D.R.

Depuis plus de vingt ans, nous sommes en partenariat avec la Cité scolaire Jamot-Jaurès. De la 6e à la terminale, les jeunes ont la possibilité de suivre un enseignement théâtre dispensé par un professeur et des professionnels. Ce dispositif instaure une proximité avec les jeunes et cela permet de mieux cerner leur rapport au théâtre. Agir directement dans le cursus scolaire est une solution efficace pour encourager l’éducation artistique en milieu rural. Le rôle d’une scène nationale est de faciliter l’initiation au théâtre pour la jeunesse et d’accompagner les jeunes artistes émergents. Depuis deux ans nous avons une salle réservée aux pratiques amateurs, notamment pour les jeunes.

Comment se déroule votre collaboration avec les artistes ?

Nous avons choisi d’avoir des artistes associés pour une durée de trois ans afin de développer des projets sur le long terme et de mener des actions territoriales pérennes. De 2021 à 2024, cinq compagnies sont associées à notre théâtre. L’objectif est de coconstruire notre programmation et nos projets territoriaux. Grâce à ce dispositif, les artistes ont un regard sur notre structure et nous sur leur travail. Les temps de recherches, les ateliers et les partages nous permettent d’être plus efficace dans l’élaboration de notre offre artistique et de nos actions territoriales. Outre des artistes associés, nous sommes également un lieu de résidence. Nous avons notre salle appelée Le Labo pour permettre aux artistes émergents ou ceux en recherche de travailler leurs projets.

« Rester dans la course » de la compagnie La Sœur de Shakespeare, en itinérance à Auzances, pendant l'été 2021. - © D.R.
« Rester dans la course » de la compagnie La Sœur de Shakespeare, en itinérance à Auzances, pendant l'été 2021. - © D.R.

Comment le public réagit-il à vos activités ?

Lorsqu’on échange avec les Creusois pour préparer notre programmation, on ressent une forte volonté de faire entendre leurs voix.

On observe un véritable enthousiasme des habitants de la région pour le théâtre et la culture au sens large. Nombre d’entre eux se disent fiers de l’offre culturelle dont dispose la Creuse. Cela vient briser le stéréotype des zones rurales sont souvent perçues comme des lieux de désert culturel. Pour les habitants de la Creuse, la culture a un sens. C’est un moment de convivialité. En tant que Scène nationale il faut être capable de comprendre le rapport du public à la culture. Que ce soit dans notre salle ou lors de nos actions de terrain, on voit un public où les habitants se connaissent et partagent un lien social fort. 

Lorsqu’on échange avec les Creusois pour préparer notre programmation, on observe une forte volonté de faire entendre leurs voix. Ils veulent voir leurs préoccupations quotidiennes être abordées dans les spectacles. Il y a ce besoin d’être reconnue comme communauté à part entière. L’art est un moyen d’affirmer leur identité et de parler des problématiques qui les concernent. Par exemple la mobilité. C’est un sujet qui préoccupe particulièrement les habitants des zones rurales. Les habitants de la région veulent prendre une place plus importante dans le débat public. La culture doit contribuer à cela.

Transférer cet article à un(e) ami(e)