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Villeurbanne : une capitale française de la culture qui mise sur le participatif et la pérennité

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Pour son année de capitale française de la culture, Villeurbanne (Rhône) a développé ses dispositifs de médiation auprès du réseau scolaire et optimisé la participation de ses habitants. L’opération a rencontré son public, d’après Bernard Sevaux, directeur de la culture à la Ville.

L’installation de Royal De Luxe dans le cadre de Villeurbanne 2022. - © Serge Koutcinsky / Royal de Luxe
L’installation de Royal De Luxe dans le cadre de Villeurbanne 2022. - © Serge Koutcinsky / Royal de Luxe

Villeurbanne a axé son projet de capitale française de la culture sur la pérennité. En premier lieu, comment vos dispositifs de médiation ont-ils été transformés ?

Notre objectif est que toute la jeunesse de Villeurbanne puisse être exposée à autant de formes de culture et d’esthétiques que possible, un peu comme ils reçoivent des vaccins contre tel ou tel virus. La plupart ne sont familiarisés à la culture seulement par le biais de leur parents, et ils doivent pouvoir avoir un choix. Ainsi nous avons amplifié les dispositifs Mini Mix, portés par des médiateurs, aujourd’hui 14, et bientôt encore davantage, dans tous nos établissements scolaires. Auparavant, ce type d’initiative était le fait d’enseignants qui venaient eux-mêmes solliciter le département culturel de la ville, désormais un référent sera en charge de cette mission.

Ces médiateurs, tous animateurs qualifiés, sont en lien avec divers opérateurs culturels de la ville - le Rize, la Fête du livre jeunesse, l’école de musique, etc - et activent aussi la bibliothèque de l’établissement avec des lectures publiques. C’est un mariage inédit entre les communautés culturelle et scolaire, qui entend couvrir la jeunesse de 12 à 25 ans. Nous avons également mis en place un dispositif d’évaluation avec l’Observatoire des politiques culturelles pour connaître l’impact sur le long terme de cette initiative. 

La programmation comporte de nombreux événements participatifs. Comment se sont-ils montés ?

Nous avons donné les clefs à la jeunesse. Les jeunes entre 12 et 25 ans se sont vu confier un budget de près de 2 M€ pour mettre sur pied une manifestation dans l’espace public, sous l’encadrement de professionnels de la culture, sur le modèle du mentorat. Ils ont assuré l’accueil et la programmation artistique et, au final, l’événement a rassemblé près de 46 000 personnes début juin - nous avions passé un accord avec la Préfecture pour ne pas dépasser cette jauge. Ces jeunes ont dont pu démontrer leur capacité à s’emparer d’un sujet de production culturelle et non plus de consommation. 

Des jeunes ont dont pu démontrer leur capacité à s’emparer d’un sujet de production culturelle et non plus de consommation. 

Pour la fête de la musique, nous avons aussi veillé à intégrer les habitants au processus : tous étaient invités à sortir leur instrument pour jouer eux-mêmes, sur quelque 3,5 km de tables et de bancs prévus pour piquer-niquer, alors qu’un axe majeur entre Lyon et Villeurbanne avait été piétonnisé à l’occasion. Il faudra poursuivre tout ceci en terme d’offres, car le public en redemande. Un rapport sur la jeunesse sera établi avec des opérateurs culturels au printemps 2023, au Théâtre National Populaire.

Quelle est la part d’événements produits par la Ville, et celle de ceux qui ont été labellisés pour l’occasion ?

Nous étions dix-sept partenaires au moment de la candidature, nous sommes désormais 120, donc c’est un très vaste mélange. Il y a eu de nombreux cofinancements selon les situations. Nous avons créé des parcours qui connectaient divers événements, certains produits pour la capitale française de la culture, d’autres inscrits dans la programmation d’établissements, mais pensés pour ce contexte. La « Fabrique du Nous » à l’Institut d’Art Contemporain en fait partie, par exemple. Des artistes programmés à la Biennale de Lyon ont aussi été accueillis. Nous avons réuni tout ce qui nous semblait audacieux sur le territoire : des missions dans des lieux incongrus, des rencontres impromptues, des lectures de contes dans ces quartiers, etc. 

En termes de programmation pure de spectacles, comment ont-ils été accueillis par le public ?

Royal De Luxe a marqué les esprits et également attiré du public extérieur. L’événement était gratuit, et s’inscrivait dans une tradition d’événements de rue à Villeurbanne qui date d’au moins 1977. L’adhésion du public s’est ressentie jusque dans les appels à bénévoles pour certains événements, qui ont dépassé tous les espoirs. Il est à noter que nous avons pris le mot culture dans le sens large de l’acception : au programme se trouvaient également des ateliers culinaires et une course de chiens. La clôture se fera sur une série d’événements surprises, du 16 décembre au 1er janvier, qui retraceront certaines des activités participatives qui ont marqué l’année. 

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