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Éco-responsabilité : à Lyon, la Smac le Périscope agit à partir de son bilan carbone

Par Thomas Corlin | le | Éco-responsabilité

L’action écologique se joue aussi à l'échelle de petits espaces, comme Le Périscope, équipement lyonnais porté sur le jazz et les musiques improvisées, qui adapte ses méthodes de travail en fonction des conclusions de son premier bilan carbone.

Le Periscope fait partie d’un réseau de 3 lieux labellisés Smac dans le bassin lyonnais. - © Paul Bourdel
Le Periscope fait partie d’un réseau de 3 lieux labellisés Smac dans le bassin lyonnais. - © Paul Bourdel

La principale dépense énergétique d’un lieu culturel se trouve dans les transports. Qu’en est-il pour le Périscope ? 

Nous proposons de faire le bilan carbone de tournées entières.

C’est effectivement le cas pour nous aussi, et elle se situe davantage du côté du déplacement des artistes que du public. Nos jauges sont modestes, avec une salle à 300 places et une autre à 150, et notre clientèle est locale. Nous sommes situés en plein centre-ville, ainsi nos spectateurs se déplacent en transports en commun. Une infime partie de notre public se déplace régionalement pour venir à nos concerts - nous ne programmons pas vraiment de « star » - et elle ne le fait qu’exceptionnellement. 

C’est sur le transport des groupes programmés que notre action se concentre, puisqu’il représente plus de 60 % de notre trace carbone. Nous programmons 150 dates par an, et même si le Périscope n’est pas un gros équipement, nous avons une marge d’amélioration et un rôle à jouer, à notre échelle. Nous entendons participer à l’effort global visant à limiter le réchauffement climatique, à l’instar des grandes entreprises. 

Par chance, nos concerts sont plutôt modestes à produire et ne nécessitent pas de fret - là où les gros concerts et le théâtre sont lourds en décors et installations. Généralement, nos musiciens n’ont qu’eux-mêmes à transporter ou des instruments légers, et tout le reste est en backline chez nous. 

Les dépenses en énergie de notre bâtiment sont raisonnables, et notre politique alimentaire, très portée vers le végétarien, est déjà efficace, mais nous avons tout de même fixé quelques objectifs de ce côté-là aussi. 

Comment ce travail s’instaure-t-il avec les tourneurs ? 

Ils sont de plus en plus sensibilisés et nous aidons à les initier. Cependant, leur objectif est de vendre des dates, donc ils vont vite, et n’en n’ont pas forcément le temps. C’est pourquoi nous nous proposons de faire le bilan carbone de leur tournée entière, puisque nous connaissons maintenant les calculs à faire. Nous avons de toute façon besoin de le faire nous-mêmes afin de connaître notre quote-part et de définir s’il est responsable de programmer ou non tel groupe dans notre salle. 

Nous aurons besoin d’outils pédagogiques pour notre public et nos collaborateurs.

Nous sommes une petite salle, au milieu d’un réseau de lieux. Il est rare qu’un groupe étranger se déplace pour ne jouer qu’une date chez nous - et une date est moins coûteuse lorsqu’elle fait partie d’une tournée complète. Par ailleurs, il est désormais entendu que les dates uniques sont à éviter et qu’un groupe doit optimiser sa présence sur un territoire. 

Nous aurions besoin d’outils plus flexibles cependant, pour l’instant tout se fait sur des tableaux Excel un peu raides. Des supports pédagogiques seraient aussi les bienvenus. 

Le train est-il nécessairement la meilleure option ? 

Si les trajets sont courts ou bien optimisés, la bonne veille camionnette de tournée est en fin de compte à privilégier, puisqu’elle ne représente pas une dépense délirante. C’est surtout au niveau du public qu’il faut optimiser les transports : si 20 personnes viennent en voiture au concert, cela ruine tout le travail d'économie d'énergie fait sur une tournée. 

Comment avez-vous réalisé ce bilan et quand vos résolutions entrent-elles en application ? 

Dès maintenant, bien sûr ! Nous avons fait partie d’une campagne d’action mené par la Ville de Lyon, et c’est une petite entreprise, WeCount, qui a réalisé notre bilan - et celui d’autres lieux comme l’Auditorium-Orchestre. Le Périscope participe, en tant que lieu subventionné, à des projets Europe Creative dont Footprints, qui propose un accompagnement pour faire coïncider notre fonctionnement avec des responsabilités sociales, économiques et environnementales. 

L’enjeu est de sensibiliser toute la filière et de banaliser ces façons de travailler. L’idée n’est pas d’arrêter de faire tourner les musiciens, mais de le faire avec en t^te des objectifs de diminution de l’empreinte carbone. 

Le Périscope, en bref

Créé en 2007, le Périscope est une salle de concerts notamment axé sur le jazz et les musiques improvisées. Le Périscope organise « environ 150 concerts par an, ainsi qu’une vingtaine de résidences d’artistes  ». En 2015, le Périscope s’est associé au Marché Gare à Lyon, l’Épicerie Moderne à Feyzin (Rhône) et Bizarre ! à Vénissieux (Rhône) autour d’un projet de « Scène de musiques actuelles ».

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