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#rentrée2020 : « Cette limitation de jauge doit être levée au plus vite » (S. Beslon, L’Européen)

Par Thomas Corlin | le | Lieux, résidences, locaux de répétition

Comment la culture prépare-t-elle sa rentrée 2020 alors que persistent les incertitudes autour de la crise de la Covid-19 ? Culture Matin interroge différents acteurs du secteur au fil de l'été. Aujourd’hui, côté humour avec Sébastien Beslon, directeur de l’Européen (Paris 17), qui présente un spectacle de Kheiron tout l'été.

La réouverture au public de l’Européen a eu lieu le 22 juin.
La réouverture au public de l’Européen a eu lieu le 22 juin.

Comment l’Européen a surmonté l’arrêt forcé de ses activités pendant la crise sanitaire ?

Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait d’une pause de 2 ou 3 semaines, comme cela avait été un temps envisagé pour passer la phase d’incubation, et reporté notre programmation sur mai-juin. Puis nous avons changé notre fusil d'épaule quand les deux mois de confinement ont été clairement annoncés, et nous avons choisi de rouvrir le 22 juin. Pendant tout ce temps, nous avons constamment travaillé sur la réouverture.

Messages humoristiques sur la façade de l’Européen pendant le confinement
Messages humoristiques sur la façade de l’Européen pendant le confinement - © DR

Économiquement, nous avons perdu 3 mois d’exploitation. L’Européen présente des spectacles 350 jours par an, avec un double horaire en général, et comptabilise près de 100 000 spectateurs par an. La perte est certes colossale, mais nous pouvons nous en remettre. La structure emploie une dizaine de personnes à temps plein, pour la plupart des intermittents. Elle est gérée par Vincent Ydé et moi-même, à travers la structure Beslon Management. Nous sommes donc des indépendants, sans subvention, et n’avons pas réclamé d’aides. 

L’exploitation avec des jauges limitées est-elle viable pour votre salle ?

La salle unique de l’Européen a une jauge maximale de 350 places, désormais réduite à 240. La réouverture le 22 juin n’est pas tant économique, c’est surtout parce que nous voulions le faire, nos équipes avaient envie de travailler, nos artistes de jouer. Nous nous sentons d’ailleurs moins seuls depuis que quelques autres confrères parisiens ont rouvert, comme le Point Virgule ou la Grande Comédie.

Notre public est revenu massivement. Le spectacle de Kheiron était déjà plein avant le confinement, naturellement il l’est encore cet été, alors même que ce n’est pas une période où les salles se remplissent normalement. Par ailleurs, nous avons la chance de faire jouer des humoristes qui attirent un public jeune, et ce public-là n’a pas peur de revenir dans les salles de spectacle. 

Des néons désinfectants ?

« On voulait éviter d’exposer public, artistes et personnel à des produits chimiques pour la désinfection des lieux, et nous avons découvert une solution étonnante, celle des néons germicides, mise au point par l’agence Studio Novum. Il s’agit d’une installation de néons dans tout le théâtre, qui permet une désinfection en 15 minutes. Il faut cependant évacuer toutes les personnes se trouvant dans les lieux puisque ces néons peuvent être nuisibles pour l’homme. Nous avons fait installer 40 sources, qui permettent trois désinfections par jour, tout en restant modeste en consommation d'énergie. »

Cependant, cette limitation de jauge doit être levée au plus vite, elle n’est pas tenable économiquement. Si les salles de spectacle sont si dangereuses, faisons-les fermer aussi longtemps que nécessaire, sinon, il faut que les pouvoirs publics nous fassent confiance et nous laissent travailler avec nos jauges habituelles. Nous savons recevoir du public, nous sommes habitués. Voir les foules massées dans les transports et les restaurants alors que tant de salles ne peuvent rouvrir dans de bonnes conditions, créent une incompréhension nocive dans le secteur. 

Comment s’organise la reprise en septembre ? 

Sebastien Beslon
Sebastien Beslon - © Stéphane Kerrad - KB Studios Paris - www.kbstudios.fr - stephane@kbstudios.net

Nous continuons à présenter les spectacles qui ont été annulés ce printemps. C'était vital pour les artistes de reprendre, car rester aussi longtemps loin de la scène, ça peut déstabiliser. Je ne me fais pas tant de souci pour eux : ils arriveront à se relancer, pour l’instant ils rongent leur frein. 

Bien sûr, certaines salles ne peuvent pas prendre le risque de rouvrir sans la garantie que leur public revienne, mais on a cette possibilité puisqu’on est sûr du nôtre, et c’est très important de le faire. S’il n’y a pas d’offre, il n’y a pas de demande. Plus on attend avant de reprendre une vraie activité, plus le public perdra l’habitude d’aller voir des spectacles, d’avoir une vie culturelle hors de chez soi. Pour le marché, pour les artistes, il faut que le public comprenne qu’il peut ressortir, qu’il y a toujours des spectacles. 

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