Production

Scène conventionnée : le Théâtre de Privas, entre mouvement citoyen et propositions hors les murs

Par Thomas Corlin | le | Lieux, résidences, locaux de répétition

Appel d’offre polémique de sa tutelle, comité de soutien des spectateurs, démission de sa direction, ré-ouverture de sa grande salle : le Théâtre de Privas a connu une reprise agitée. Malgré cela, le lieu innove dans sa programmation, notamment avec une « capitale internationale ardéchoise de la Culture » dans un village alentour, d’après Christine Chalas, directrice jusqu'à la fin du mois de mars.

La scène du théâtre accueille 800 personnes. - © D.R.
La scène du théâtre accueille 800 personnes. - © D.R.

Comme d’autres théâtres publics dernièrement (à Narbonne ou Arles), votre lieu a connu un différend avec la direction de son agglomération. Comment la situation s’est-elle réglée ? 

C’est en suspens. Fin octobre 2021, un appel d’offre a été mis en ligne par notre tutelle, la Communauté d’Agglomération Privas Centre Ardèche (CAPCA), sans en avertir notre équipe ni les membres du Conseil d’administration ou d’autres partenaires. Nous l’avions nous-mêmes appris par la presse. Cet appel d’offre laissait supposer un souhait de rendre le théâtre rentable, voire de le faire passer à un autre mode de gestion type délégation de service public - ce qui a plus tard été démenti par le président de la CAPCA, François Arsac. Ce dernier avait également émis qu’il ne souhaitait pas renouveler mon contrat, j’ai donc démissionné de mon propre chef - je quitterai mon poste fin mars, tout en gardant la main sur la programmation jusqu'à fin janvier 2023. 

Un collectif de soutien a été constitué par les spectateurs en réaction à l’appel d’offre, puis le président de la CAPCA a confirmé dans la presse qu’il souhaitait conserver le même mode de fonctionnement pour le théâtre (son budget de fonctionnement n’excède pas 1 400 000 €, dont 1 M€ de fonds publics), sans annoncer de nouvelle direction ni de nouveau projet pour le moment. 

Dans ce contexte, comment s’est déroulée la relance pour votre saison ? 

Le lieu est entré en travaux dès 2019, puis la pandémie est arrivée. N'étant en poste que depuis deux ans et deux mois, je n’aurai jamais connu le lieu en vitesse de croisière. Comme d’autres lieux de spectacle vivant, nous avons tout misé sur les actions scolaires et sociales, quand celles-ci pouvaient se maintenir, et nous avons programmé hors les murs dès que cela a été possible. Un festival exceptionnel, les Ent'été.e.s, avait été créé entre mai et juillet 2021 pour reporter le gros de la programmation annulée par la crise. Un chapiteau a aussi été mis en place pour y programmer concerts et spectacles.

Les spectateurs ont du mal à abandonner le masque en salle.

Le théâtre en lui-même a pu rouvrir le 28 janvier 2021, avec sa grande salle de 800 places, ce qui nous a permis d’accueillir à nouveau des spectacles d’envergure, qui nécessitaient une telle jauge pour en amortir le coût de production - ce qui est par exemple le cas de Moby Dick de la Compagnie Plexus Solaire. 

Malgré tout cela, nous accusons, en zone rurale, des difficultés que les villes connaissent moins. Le public demeure timide, nous ne l’avons pas encore tout à fait retrouvé. Nous multiplions les rencontres dans notre espace bar, en gratuité, pour renouer avec le territoire. Le pass vaccinal s’est ajouté à nos difficultés, et reste un obstacle pour certains spectateurs. Parmi ceux qui sont présents, nous relevons aussi qu’il est difficile de se séparer du masque, alors même qu’il n’est plus obligatoire.

La relance a-t-elle été l’occasion de tester de nouveaux formats ? 

C’est le cas, même si certains projets ont été abandonnés en raison du changement de direction en cours. Nous lançons une « capitale internationale ardéchoise de la Culture (CIAC) » dans les villages du territoire, le premier à y participer est celui de Saint-Julien-en-Saint-Alban, les 25 et 26 juin prochain. Il s’agit d’investir des artistes sur une commune afin de les faire travailler avec les habitants sur un projet conçu expressément pour la localité. Le théâtre ne vient pas programmer une œuvre : les locaux co-construisent le projet avec une compagnie invitée et il n’aura lieu qu’une fois. Tout le monde est impliqué : la commune, le club du 3e âge, les associations, les bouddhistes locaux, etc. 

Nous disposons aussi d’une galerie d’art, ce qui est peu fréquent pour un théâtre comme le nôtre. Nous veillons à faciliter l’accès à l’art contemporain, notamment en direction des familles, et c’est donc une exposition de jeux vidéos qui rouvre le lieu. 

Il nous arrive aussi de programmer avec la Smac 07, lorsque nos goûts se croisent. Hélas, la soirée à venir a du être annulée, certains des artistes programmés ayant dû annuler leur tournée en raison des restrictions internationales encore en vigueur.

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