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Médiation: comment L’Entracte (Sablé-sur-Sarthe) initie son public aux arts numériques

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Pour cette saison 2022-2023, L’Entracte, scène conventionnée de Sablé-sur-Sarthe dédie sa saison au thème de la technologie et du numérique. Chargée de communication, Pauline Maillet, nous explique comment s’organise la programmation et de quoi elle se compose.

« Hakanaï » de la compagnie AMCB, avec la danseuse Akiko Kajiharato. - © ROMAIN ETIENNE/ ITEM
« Hakanaï » de la compagnie AMCB, avec la danseuse Akiko Kajiharato. - © ROMAIN ETIENNE/ ITEM

Comment s’est déroulée l’organisation de cette saison et quelles sont les activités proposées ?

Le public est de plus en plus impliqué dans le déroulement des spectacles.

Depuis 2018, chacune de nos saisons est consacrée à un thème particulier. De plus en plus d’artistes et de compagnies utilisent la technologie et le numérique dans leurs spectacles. En tant que scène conventionnée, notre rôle est de rendre visibles ces nouvelles formes et la programmation doit toujours intégrer une part d’innovation pour surprendre le public et l’initier à de nouveaux modes d’expression artistique. Cette saison, nous proposons le Techno Tour, série de spectacles et d’activités sur le thème de la technologie et du numérique. Ces représentations accordent une place importante à la réalité virtuelle, au motion design et à l’interaction entre les artistes et le public via des plateformes numériques.

En novembre, nous avons par exemple eu le spectacle Hakanaï de Claire Bardainne et Adrien Mondotd. Cette performance met en scène la danseuse Akiko Kajihara dans un cube d’images en mouvement. Les images virtuelles sont animées en direct en fonction des mouvements physiques de la danseuse. La chorégraphie suit le rythme d’une création sonore également interprétée en direct. Le rendu visuel est très lumineux. C’est impressionnant pour les spectateurs qui ne sont pas habitués à ce genre de spectacle. 

Comment le public réagit-il à ce type de spectacles ?

« Coexistence » de Rocio Berenguer. - © L’Entracte, Sablé-sur-Sarthe
« Coexistence » de Rocio Berenguer. - © L’Entracte, Sablé-sur-Sarthe

Le public réagit très bien car il est de plus en plus impliqué dans le déroulement des spectacles. Le recours à la technologie et à la réalité virtuelle réduit la distance entre spectateurs et artistes. Ces représentations poussent à questionner l’usage du numérique mais ils montrent également comment les nouvelles technologies améliorent l’interaction dans le spectacle vivant.

Lors de ce mois de janvier, nous avons proposé le spectacle Coexistence, de Rocio Berenguer. L’artiste espagnole présente une performance pluridisciplinaire mêlant théâtre, danse et musique sur la question du futur de l’espèce humaine. Elle imagine une utopie où êtres humains, animaux, végétaux, minéraux, machines sont conduits à réfléchir ensemble à leur coexistence. Le spectacle est centré autour d’un dialogue entre un humain et une intelligence artificielle qui interroge les conditions de ce vivre ensemble.

Pendant le spectacle, via un sondage, l’artiste recueille les réactions du public et il y a une interaction entre elle et les spectateurs par le biais d’une plateforme en ligne.  Le spectacle est joué dans un décor qui fait appel à plusieurs jeux de lumières et à l’utilisation fréquente de la technologie, notamment lors des moments de projections.

L’expérience « Follow Me ». - © David Gallard
L’expérience « Follow Me ». - © David Gallard

Le public est de plus en plus à la recherche de cette interaction avec les artistes. Nous l’avons vu en septembre lors de l’inauguration de notre saison lorsque nous avons proposé l’expérience Follow me. Lors de cette balade interactive dans les rues de la ville, le spectateur est accompagné par SMS tout au long de sa promenade à Sablé-sur-Sarthe. Il reçoit le parcours à effectuer et il dialogue par SMS avec un artiste sans voir ni savoir qui est cette personne. C’est une expérience insolite qui a énormément plu au public. 

Comment gérez-vous ce type de spectacle au niveau technique et en termes de médiation ?

Au niveau de la médiation, notre approche est celle de l’apprentissage par la rencontre.

Il faut être flexible.  Nous avons par exemple accueilli le spectacle Hakanai dans une autre salle de la ville, mieux adaptée pour cette représentation. Les établissements culturels doivent être des entités malléables capables d’appliquer des stratégies de coopération pour travailler avec d’autres acteurs territoriaux ou d’autres structures culturelles. Il est important de comprendre que les nouvelles technologies et les arts numériques déportent de plus en plus l’action et l’expression artistique vers le hors les murs. Par exemple au mois d’avril, nous allons proposer le spectacle gratuit Faune. C’est un parcours ludique en réalité augmentée dans les rues de Sablé-sur-Sarthe. Dix affiches seront installées dans divers endroits de la ville. Les spectateurs doivent télécharger une application et quand ils arrivent en face de l’affiche, ils la scannent et des personnages sortent de l’affiche grâce à une animation virtuelle.

L’expérience « Faune », hors les murs. - © Adrien M. & Claire B.
L’expérience « Faune », hors les murs. - © Adrien M. & Claire B.

Au niveau de la médiation, notre approche est celle de l’apprentissage par la rencontre. Un spectateur qui rencontre les artistes et les acteurs d’un mouvement aura plus de facilités à appréhender leur art et le fonctionnement des outils nécessaires à son expression. Pour améliorer l’expérience des spectateurs, nous avons choisi d’organiser des ateliers et des temps de partage entre artistes et public. Nous l’avons par exemple fait pour Coexister où le public a eu l’occasion d’échanger avec Rocio Berenguer et les musiciens du spectacle, notamment sur les enjeux autour de l’intelligence artificielle. Pour le spectacle Hakanaï, les enfants du conservatoire de Sablé-sur-Sarthe ont eu des ateliers de danse avec l’artiste. L’occasion pour eux d’en apprendre plus sur l’émergence de l’art numérique en tant que mouvement.

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