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Médiation : comment les musées de Charleville-Mézières (Ardennes) exposent-ils hors les murs ?

Par Thomas Corlin | le | Médiation

En zone commerciale, ou dans une salle municipale avec les Restos du Cœur : à Charleville-Mézières (Ardennes), le réseau des musées tente des expositions hors les murs pendant la période de fermeture. En attendant la réouverture des musées, la directrice du Musée de l’Ardenne, Carole Marquet-Morelle, détaille les intentions et la logistique derrière ces expériences de médiation d’un nouveau genre.

Une pièce du Musée de l’Ardenne exposée à l’Intermarché de - © Musée de l’Ardenne
Une pièce du Musée de l’Ardenne exposée à l’Intermarché de - © Musée de l’Ardenne
  • Sortir de la contrainte du bâtiment

« La force de l’architecture a connu une montée en puissance dans les musées. Pour autant, un musée n’est pas seulement un bâtiment. C’est aussi un travail de conservation quotidien, et la rencontre avec l’objet, le patrimoine. Il faut donc la rendre possible, hors les murs si besoin. »

  • Adapter le nombre et la nature des pièces

    « On ne peut pas montrer un Fernand Léger ou un Picasso dans un tel contexte. Il y a donc un travail de sélection particulier à mener. Pour les expositions à l’Intermarché et aux Restos du Cœur, ont été sélectionnés trois objets du Musée de l’Ardenne et deux du Musée Rimbaud. Nous avons par exemple choisi de montrer un briquet Bas Empire avec silex, ou un pistolet de 1770 embarqué par La Fayette pour armer les Insurgés lors de la Guerre d’Indépendance des États-Unis. Le Musée Arthur Rimbaud a montré un bout du Mur de Berlin sur lequel apparait un graffiti citant le poète. »
  • Un contact spontané avec les lieux

« Nous ne connaissions pas préalablement l'équipe de cet Intermarché de la Ronde Couture, nous les avons simplement contactés par téléphone. Un échange s’est créé, nous avons présenté le projet et rencontré des gens ouverts. Il en est allé de même avec les Restos du Cœur, qui tenaient une distribution de nourriture dans une salle municipale de la ville. Chaque lieu nous ont fait de la place dans une salle attenante. »

  • Un temps d’exposition de deux jours

« Il ne s’agit pas vraiment d’une exposition, mais plutôt d’une présentation d’objets. Ces expériences ont été courtes. À chaque fois, elles ont duré deux jours, de 9h30 à 16h. Elles ont néanmoins pu rencontrer 190 personnes à l’Intermarché, et 80 aux Restos du Cœur. »

  • Donner les moyens humains à l’opération

    « En temps normal, lorsque le musée est ouvert, nous n’avons pas les ressources humaines pour recevoir à la fois du public dans le lieu, et dans un autre espace hors les murs. Cette fermeture nous a donc donné l’occasion de tester une formule inédite de médiation. »

Une médiation culturelle personnalisée lors de la présentation d’objets à l’Intermarché. - © Ville de Charlevilles-Mézières
Une médiation culturelle personnalisée lors de la présentation d’objets à l’Intermarché. - © Ville de Charlevilles-Mézières

  • Un médiateur par objet

    « L’objectif de cette opération n’est pas d’attirer beaucoup de monde mais de provoquer une rencontre inattendue entre un visiteur qui n’aurait pas forcément cru que l’offre muséale lui était adressée. Il nous fallait donc une approche personnalisée, et fournir du contexte au visiteur. Chaque pièce était donc présentée par un médiateur dédié, qui accueillait le public. Pour optimiser le confort, un garde-caddie était prévu, à l’Intermarché comme aux Restos du Cœur, où les gens pouvaient également faire leurs courses. »
  • Un soclage particulier

    « Nous avons réfléchi à des conditions de conservation préventives et à la sécurités des œuvres. Des supports ont été conçus dans nos ateliers, spécifiquement pour le contexte, à savoir des écrins en mousse qui stabilisent l’objet. »

La moissonneuse-batteuse exposée les 5 et 6 mars. - © Malagne-Archéoparc de Rochefort
La moissonneuse-batteuse exposée les 5 et 6 mars. - © Malagne-Archéoparc de Rochefort

L'époque gallo-romaine au supermarché

Une troisième expérience de médiation culturelle hors les murs prend place au Carrefour La Croisette de Charleville-Mézières, les vendredi 5 et samedi 6 mars, de 10h à 17h. Elle est le fruit d’un micro-projet Européenn Inter-régional, unissant le Musée d’Arlon et l’Archéoparc de Rochefort en Belgique, et le Musée d’Ardenne et la Cellule Archéologique du département en France. 

L’exposition comprend plusieurs objets archéologiques gallo-romains, des reproductions de bas-reliefs célèbres, ou celle d’une moissonneuse gauloise à échelle 1, créée par le Lycée François Bazin. 

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