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Tech : le Monfort Théâtre, lieu d'expérimentation des étudiants-ingénieurs

Par Thomas Corlin | Le | Médiation

Avec d’autres entités culturelles franciliennes, le Monfort Théâtre (Paris 15e) participe à une expérience entre les écoles d’ingénierie et le spectacle vivant, prise en charge par le réseau Paris Tech. Après trois mois de travail et une présentation des prototypes, Chloé Bourret, responsable des relations publiques du lieu, envisage déjà un renouvellement du partenariat.

Les projets concernent en particulier la médiation et l’accessibilité. - © Eric Leite
Les projets concernent en particulier la médiation et l’accessibilité. - © Eric Leite

Comment cette collaboration a-t-elle été initiée et comment se finance-t-elle ?

Cinq projets ont été pensés et produits, concernant les domaines de la médiation et de l’accessibilité.

À l’origine, le partenariat ne devait pas forcément prendre cette forme. Il a d’ailleurs été initié plus ou moins par hasard. J’ai anciennement travaillé à la Gaité Lyrique (Paris 3e), un lieu aux moyens colossaux, très porté sur les nouvelles technologies, et je n’aurais pas forcément imaginé qu’un théâtre plus modeste comme le Monfort se lance dans un tel programme. 

Alexis Paljic, enseignant-chercheur aux Mines Paris-Tech, est un spectateur régulier du Monfort et c’est lui qui est entré en contact avec nous. Au début, nous imaginions un partenariat entre VR et création artistique, mais aucun artiste ne s’intéressait particulièrement à ces questions-là cette année-là. Alexis a alors choisi de mettre directement les outils de la tech au service des problématiques que nous rencontrons au quotidien, sans nécessairement passer par l’artistique.

Quels sont les projets imaginés par les élèves-ingénieurs pour le Monfort ?

Pour le Monfort, cinq projets ont été pensés et produits, même s’ils sont pour l’instant tous à l'état de prototype. Ils concernent les domaines de la médiation et de l’accessibilité. Le premier porte sur le travail de régie et s’appelle « La Coquille vide » : il permet de simuler l’espace scénique et ses caractéristiques techniques pour que compagnies et régisseurs puissent anticiper le montage des spectacles à distance. 

D’autres projets s’appuient sur la réalité virtuelle. Un « escape game » racontera l’histoire du Monfort Théâtre, de sa fondatrice jusqu'à son architecture. Ensuite, un jeu en VR accompagne le spectacle Georges Sauve Le Monde de Jeanne Franke et Cosme Castro, qui n’a hélas pas pu être présenté fin décembre - le jeu est néanmoins disponible en application Androïd. Pour le projet Break, des contenus interactifs en VR ont été conçus pour enseigner les figures de breakdance, et il est consultable sur une borne.

Enfin, un dernier projet concerne l’accessibilité : des casques de VR permettant aux sourds et malentendants de voir apparaître un comédien traduire en langage des signes les répliques de chaque comédien, seulement lorsque ceux-ci parlent. Il n’est hélas pas encore abouti.

Nous ne voulons pas louper le virage de la VR dans le spectacle vivant.

L’Opéra National de Paris (Paris 9e et 12e), le Conservatoire National Supérieur de Danse et de Musique de Paris (Paris 19e) et l’Académie Fratellini (Saint-Denis) participent aussi à l’opération. Au total, tous lieux confondus, ce sont dix projets conçus par 70 élèves-ingénieurs. Pour les autres lieux, les prototypes concernent davantage des questions de spatialisation du son et s’adressent davantage aux musiciens.

Qui prend en charge ces projets ?

Ces chantiers sont intégrés au programme d’enseignement de Paris Tech, dont le budget prend donc en charge les moyens de production - appareils photos, casques, motion capture, etc. Nous avons en revanche payé les artistes qui ont servi de modèle au projet Break. Ce dernier devrait d’ailleurs sortir des murs du théâtre puisque l'équipe pédagogique et les danseurs souhaitent finir le travail ensemble. Nous en accueillerons l’exposition finale.

Nous envisageons en tout cas de renouveler le partenariat l’année prochaine et de lui trouver davantage de financements. Certains projets méritent davantage de développement, et l’axe de la VR et de la tech nous semble être un enjeu important pour les arts vivants. Le public des lieux de théâtre n’y est pas encore habitué, mais c’est un virage que nous ne devons pas rater.

Hormis ce partenariat, comment s’est déroulé la reprise chez vous ?

Nous avons rouvert très tôt. Les premières semaines ont été plutôt timides, mais nous n’avons jamais connu de salles quasi-vides comme cela a été le cas ailleurs, selon nos retours. Puis le public est revenu massivement et durablement, ce qui nous a fait remarquer la grande fidélité du public du Monfort. Nous n’avons pas enregistré de déboires particuliers dus au virus, jusqu'à récemment, où nous avons dû fermer le théâtre pour la fin d’année en raison d’une annulation de spectacles et de quelques cas de covid au sein de notre équipe.

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