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Musées : à Cluny, le Moyen-Âge se refait une jeunesse depuis la reprise

Par Thomas Corlin | le | Sécurité, accueil

Des petits travaux qui deviennent grands, et une muséographie repensée. Cluny musée national du Moyen-Âge (Paris 5e), a fait peau neuve pour la reprise, avec des scores de fréquentation très flatteurs, d’après Mathilde Fouillet, responsable de la communication, et Michel Huyhn, conservateur général du patrimoine.

Le parcours du Musée a été entièrement repensé. - © Alexis Paoli
Le parcours du Musée a été entièrement repensé. - © Alexis Paoli

Quelle a été l'étendue des travaux effectués au sein du musée ? 

En comparaison avec des chantiers réalisés dans d’autres musées, celui qui s’est tenu à Cluny est très modeste. Une campagne de rénovation des musées s'étale depuis les années 1980, et elle touche notamment les musées nationaux dont nous faisons partie. Nous attendions donc notre tour. C’est en grande partie l’accessibilité qui a déterminé le chantier, et, par accumulation d’un certain nombre de projets, tout le parcours de Cluny a été repensé. Une grosse partie de ces travaux ne se voit pas, en particulier la remise aux normes, l'électricité. Au total, cela n’a pas excédé 10 M€. 

Quant à la date de livraison, celle qu'établit l'État est généralement dépassée. Personne n’obtient les matériaux nécessaires quand il le souhaite, particulièrement quand les fournisseurs traversent une pandémie engendrant bien des pénuries, et donc des retards parfois colossaux. 

Quelle est la forme du parcours désormais ? 

La collection est présentée par chronologie, et non plus par technique.

Sa forme précédente n'était pas très cohérente. L’entrée se faisait à l’Est par les anciennes cuisines, ce à quoi succédait un passage par la librairie-boutique. Les parties antiques succédaient à un hôtel médiéval, la lisibilité laissait à désirer…

En 2018, un nouveau bâtiment a été inauguré et consacré à l’accueil, ce qui nous dégageait de l’espace pour le musée en soi. La muséographie a été repensée non pas en termes de techniques, mais de chronologie, pour une meilleure compréhension. L’adéquation contenu/contenant est également bien plus harmonieuse qu’auparavant.

En matière d’accessibilité, enfin, la visite est désormais 100 % accessible pour les personnes à mobilité réduite, ainsi qu’aux personnes sourdes ou malentendantes (des visites descriptives et labiales leur sont notamment proposées chaque premier samedi du mois). 

Une de vos pièces maîtresses, la tenture de la Dame à la Licorne, a circulé récemment, est-ce souvent le cas ? 

Elle a été prêtée quatre fois, à New York, au Japon, en Australie, et dernièrement aux Abattoirs à Toulouse (Haute-Garonne). C’est une question d’opportunités : nous la faisons voyager lorsque nous ne pouvons pas la montrer. C'était le cas pendant la rénovation d’une salle qui était un verrou de la circulation horizontale que nous projetions. Les Abattoirs ont voulu faire communiquer la pièce avec de l’art contemporain, ce qui faisait sens. 

Vous vous êtes dotés, ces dernières années, de plusieurs outils numériques. Comment les abordez-vous ? 

La numérisation est un outil, pas un substitut. Nous en avons besoin à des moments ponctuels, comme une mise en appétit, une démonstration, mais nous privilégions le contact physique et sensible avec les pièces. Une tablette tactile a été installée dans la salle Notre Dame, pour prolonger l’immersion. Des émoticones/stickers ont été conçus il y a un an, comme outil de communication. Nous avons également numérisé notre collection, à l’exception de certaines pièces qui présentaient trop de zones inabordables par les lasers, le tout dans un but ouvert, à la fois pour le grand public et les chercheurs. 

Vos dynamiques de fréquentation sont très bonnes depuis la réouverture le 12 mai 2022. Est-ce un bond en avant pour un musée sur le Moyen-Âge ? 

Nous avons toujours eu aux alentours de 300 000 visiteurs par an. Notre visitorat est assez stable, et peu affecté par des événements marquants qui ont mis à mal celui d’autres lieux - les attentats nous ont peu affecté, si ce n’est cela de Charlie Hebdo. Le Moyen-Âge ne se démode pas : il est au programme scolaire, nous avons une base de visiteurs constante. La part de tourisme quant a elle fluctue entre 30 et 50 % selon les périodes. 

Les chiffres de la réouverture sont très encourageants. Le musée a accueilli 43 744 visiteurs du 12 mai au 12 juin derniers. Pour comparaison, la fréquentation s'élevait à environ 15 000 visiteurs avant la fermeture, et 20 000 avant les travaux de modernisation du parcours et de mise en accessibilité.

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