Ventes, finances

SIBIL : quelle application, quels enjeux ?

Par Thomas Corlin | le | Billetterie, data

Mentionnée dans un récent rapport de la Cour des Comptes sur la fréquentation et la diffusion du spectacle vivant, la plateforme SIBIL (Système d’Information BILletterie) a refait son apparition dans les échanges de la filière, cinq ans après le décret la concernant. Application, enjeux : Claire Serre-Combe, secrétaire adjointe du Syndicat National des Professionnel.le.s du Théâtre et des Activités Culturelles (SYNPTAC-CGT), fait remonter les pratiques et les points de vue de ses adhérents.

La déclaration trimestrielle sur SIBIL est officiellement obligatoire. - © D.R.
La déclaration trimestrielle sur SIBIL est officiellement obligatoire. - © D.R.
  • Une obligation trimestrielle depuis 2016

Les structures publiques diffusant du spectacle vivant sont effectivement tenues de remplir une déclaration trimestrielle sur le remplissage des spectacles. Cette déclaration n’est pas automatique, elle doit être faite manuellement. C’est inscrit dans la loi LCAP de 2016, relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. Au même moment s’assouplissaient les conditions de renouvellement des licences d’entrepreneurs du spectacle, c’est pourquoi l’introduction concomitante d’une obligation supplémentaire a été perçue comme illogique.

Un décret datant du 9 mai 2017, cependant, la rend nommément obligatoire. Je n’ai cependant jamais eu vent de contrôles ou de mises en demeure pour non application. 

  • Un déploiement en plusieurs temps, empêché par la pandémie

La plateforme devait entamer son dernier volet de déploiement à partir du 1er avril 2020. Elle avait jusque là été implémentée auprès des plus gros opérateurs, dont les CDN, puis chez ceux concernés par la taxe du CNM et de l’ASTP (Association pour le Soutien du Théâtre Privé). Le reste de la filière du spectacle vivant, y compris les plus petites structures, devaient suivre à leur tour. La pandémie a enrayé ce programme, et le projet a été quelque peu éclipsé par mille autres urgences depuis. 

  • Un logiciel de pointage comme pour le cinéma ?

Courant 2013-2014, la DGCA s’adressait aux lieux de diffusion du spectacle vivant pour s’entretenir avec leurs personnels de billetterie et mieux comprendre comment ceux-ci travaillaient. Ils avaient introduit à cette époque-là l’idée d’un logiciel agréé et verrouillé permettant de faire remonter les chiffres de fréquentation des spectacles. 

L’outil existe déjà pour le cinéma

C’est un outil qui existe déjà dans le cinéma : via une plateforme sécurisée des informations, les producteurs, éditeurs de films et membres du CNC ont accès à des relevés quotidiens de fréquentation, qu’ils consultent attentivement. Tout est très centralisé, et même les parts de gratuité sont contrôlées. J’ai moi-même travaillé dans un théâtre qui comprenait des salles de cinéma, et j'étais familière avec ce système. Le théâtre n’a pas tout à fait les mêmes comptes à rendre à ses tutelles, ses aides sont moins centralisées, alors que le cinéma est davantage abordé comme une « industrie », d’où cette différence de traitement, jusqu’ici. 

Le Ministère de la Culture souhaiterait disposer d’un outil de ce type pour le spectacle, même s’il existe déjà des services de traitement des statistiques, et que les établissements rendent déjà des comptes à leurs tutelles. Malgré le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS), ou encore l’Observatoire des Pratiques Culturelles, il a toujours été compliqué de rassembler ces données-là dans ce champ. 

  • Un recensement de données en accès libre ? 

Aucun motif officiel n’a été émis quant à l’usage de ce outil. SIBIL produira-t-il des rapports rendus publics ? Des grandes tendances ? Des chiffres par établissement ? Ces chiffres peuvent être intéressants à plus d’un titre, notamment pour calculer les besoins en terme d’emploi, mais aussi pour des projections utiles aux syndicats. 

  • Une certaine indifférence des personnels, mobilisés sur d’autres urgences

En 2018, et d’autant plus depuis la pandémie, les personnels avaient bien d’autres dossiers à gérer qu’une plateforme de comptage de billetterie supplémentaire. SIBIL a été simplement perçu comme une formalité administrative qui s’ajoutait à tant d’autres et, même si les chargés de billetterie ont été mis d’astreinte sur cette mission, elle n’a pas été honorée, faute de temps, face à des priorités plus brûlantes. 

Il ne s’agit pas de mauvaise volonté : tout le secteur a besoin de données statistiques fiables, elles seraient précieuses à bien des égard. Le spectacle vivant est encore sinistré, les tendances de fréquentation sont déprimantes et nous vivons un basculement qui pourrait transformer nos métiers, SIBIL n’est donc pas encore à l’ordre du jour. 

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