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Patrimoine : comment rénover une œuvre grâce au Plus Grand Musée de France ?

Par Thomas Corlin | le | Subventions, mécénat, aides

Lancé en 2013 par la Fondation pour la Sauvegarde de l’Art Français, le Plus Grand Musée de France est un programme d’aide à la rénovation d'œuvres du patrimoine industriel, historique, religieux, artistique, etc. D’un camion de pompier à un métier à tisser, le champ est large, d’après sa responsable Pauline de Poncheville.

Un tableau de l’Adoration des Bergers conservé à Evry (Essonne) grâce à Crédit Agricole Mécénat. - © D.R.
Un tableau de l’Adoration des Bergers conservé à Evry (Essonne) grâce à Crédit Agricole Mécénat. - © D.R.
  • Un critère : l’accès gratuit au public

Les pièces intégrées au Musée doivent être accessibles gratuitement au public, c’est notre seul critère. Elles doivent donc se trouver dans un lieu public, type mairie ou église. Des propriétaires privés nous sollicitent parfois, pour nous occuper d'œuvres abritées dans des châteaux, mais ce n’est pas la nature de notre action. 

  • Des pièces autonomes, de toute nature et toute époque

Nous traitons des objets de tous types, qu’importe la datation : sculptures, tableaux, patrimoine industriel, portraits, etc. Parfois, des cas assez insolites adviennent, tant qu’ils donnent lieu à un un projet de restauration et de mécénat cohérent.

C’est le cas récemment d’un camion de pompier des années 50, inscrit au titre des monuments historiques. Les salariés du site industriel Michelin de Vannes avaient choisi, parmi plusieurs objets en péril, ce véhicule, pour une restauration prise en charge par leur fondation d’entreprise et menée avec une association de sapeurs-pompiers. 

Dans la catégorie du patrimoine mémoriel, nous avons restauré une huile sur toile marouflée, appartenant à un monument aux morts, et réalisée par une femme dans les années 20, à Elbeuf près de Rouen (Seine-Maritime). 

Nous ne pouvons prendre en charge des vitraux, qui font partie d’un bâtiment, et ne sont pas une œuvre autonome.

Dans un autre registre encore, à mi-chemin entre le religieux et l’industriel, nous avons traité un métier à tisser à Roanne (Loire), qui porte en son sommet une représentation de sainte Anne, en faisant ainsi un objet de culte autant qu’un outil de travail. 

Cependant, il nous arrive de refuser des objets : nous pouvons pas traiter, par exemple, des vitraux, qui appartiennent par définition à un bâtiment, et relèvent d’une autre forme de restauration. 

  • Un travail de recherche autour des objets 

Le Plus Grand Musée de France est un projet mené avec des groupes d'étudiants et ce sont eux qui réalisent les travaux de recherche autour d’une pièce. Il s’agit de bien connaître l’objet que nous allons rénover, mais aussi le rendre accessible au public en en traçant l’historique. Ce travail se fait en collaboration avec notre Conseil Scientifique à la sauvegarde, mais il arrive que les étudiants eux-mêmes rédigent les notices. 

  • Une collection éparpillée, non pas un musée en dur

Nous ne récupérons pas les œuvres que nous traitons. Ce « plus grand musée de France » est virtuel, c’est une collection éparpillée dans de nombreux lieux en France, et en accès libre. Si nous trouvons une pièce magnifique dans une église rurale, nous agirons pour que l'église puisse la garder en son sein, en bon état, mais nous n’avons pas le projet de la déplacer durablement dans un autre espace. 

Nous n’avons pour l’instant monté qu’une seule exposition temporaire avec certaines pièces, dans le cadre d’un partenariat avec le Musée des Beaux Arts d’Orléans (Loiret). 

  • Pas de fonds propres, mais une aide en ingénierie de mécénat

Les étudiants qui nous accompagnent se forment à la recherche en mécénat, et ce sont eux qui collectent des fonds auprès d’entreprises engagées dans la conservation de tel ou tel patrimoine. La Fondation pour la Sauvegarde de l’Art Français n’a pas de fonds dédiés à ces missions, en particulier. Le legs de notre bienfaitrice concerne la restauration d'édifices en milieu rural, mais pas les œuvres en particulier. 

Dans le cas du camion de pompiers Berliet, par exemple, la levée de fonds a rassemblé entre 5 et 10 000 € par projet de restauration. 

  • Reprise des dons post-crise

La Fondation a été très prudente dans sa distribution de legs pendant la crise, l’argent a été placé intelligemment par notre trésorier et nous avons peu donné. Mais le soutien à la rénovation des édifices a repris son cours normal depuis 2021. 

Il en est allé de même pour les levées de fonds : il n'était pas pensable de chercher de l’argent pour autre chose que la santé pendant la pandémie, et nous nous sommes faits discrets, les étudiants ont suspendu leurs quêtes.

Depuis ses débuts, Le Plus Grand Musée de France a rénové plus de 200 œuvres avec près de 1,3 M€. Nous accompagnons actuellement la rénovation d’une trentaine d'œuvres. 

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