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Émergence : adaptation du dispositif Variation(s) 2021-2022 à FGO-Barbara

Par Thomas Corlin | le | Rh, formation, intermittence

Toujours complexe, l'émergence de nouveaux talents relève de la gageure en cette période de crise. Le dispositif d’accompagnement Variation(s) de FGO-Barbara (Paris 18e) n’enregistre pourtant aucune baisse des candidatures pour l’année à venir, et recentre son programme sur le projet enregistré de ses apprentis, d’après Sylvain Mignot, co-fondateur du parcours.

Le groupe Meteo Mirage fait partie de la promotion 2020-2021. - © Ella Herme
Le groupe Meteo Mirage fait partie de la promotion 2020-2021. - © Ella Herme

Comment se réorganise un programme d’accompagnement comme Variation(s) dans un contexte ne laissant guère de perspectives au développement de jeunes artistes sur scène ?

Quand des groupes participent à des dispositifs comme le nôtre, c’est pour travailler le live, parfois en oubliant de bien concevoir l’artistique et le projet enregistré. C’est un phénomène qui s’est amplifié, notamment depuis que le business de la musique s’est concentré sur les tournées. En privant tout le monde de concert, la période nous oblige à nous concentrer sur le disque, et ne fait plus du live une priorité. 

Variation(s) met à disposition des studios très équipés pour qu’ils conçoivent leur projet sans limitation technique. Nous travaillons aussi la scène, mais moins qu’auparavant. Au lieu de cinq jours à répéter le live, nous y passons désormais deux jours en moyenne, avec des allers-retours en studio pour corriger ce qui ne colle pas. 

La situation a libéré la parole entre formateurs et jeunes artistes.

C’est aussi l’occasion de travailler davantage l’ADN artistique du projet, faire émerger chez chaque artiste ce qu’il a d’unique et de comprendre quelle communication est la plus adaptée à son profil. La génération actuelle a les codes, mais parfois elle n’a que les codes et oublie de développer un propos et une vraie personnalité musicale derrière. 

Enfin, le festival Ici Demain mis en place par FGO-Barbara comptait environ 30 % d’artistes de la promotion actuelle dans sa programmation. Nous les avons alors spécifiquement préparés à cet exercice assez particulier qu’est le livestream, qui nécessite des balances spécifiques et un entraînement différent de celui de la scène puisque l’artiste se retrouve face à une caméra et à une équipe de techniciens, à la place d’un public en présentiel. 

Une aide financière supplémentaire a aussi été débloquée pour venir en aide à cette promotion qui se lance dans un contexte dégradé. Variation(s) propose déjà un apport proportionnel aux moyens des artistes, pour compléter ce qu’ils peuvent mettre pour se payer par exemple de la promotion. Cette année, nous avons débloqué 2 000 euros de plus, que les artistes peuvent utiliser comme il leur semble, y compris pour se nourrir. Nous réfléchissons à une autre forme d’aide pour la fin de leur accompagnement, fin juillet.

Hormis ce travail autour de la scène, de quoi la pandémie vous a-t-elle privé par rapport au parcours habituel ? 

L’artiste Nikola, actuellement dans le dispositif. - © D.R.
L’artiste Nikola, actuellement dans le dispositif. - © D.R.

Une partie non négligeable du programme repose sur les échanges que les artistes d’une même promotion peuvent avoir, et l’ambiance familiale qui peut naître au fil de l’année chez FGO. C’est important parce que cela permet à ces jeunes artistes d'échanger sur leur situation, et peut donner lieu à des collaborations. Forcément, cette promotion n’a pas connu cet aspect-là de Variation(s). Ils sont venus travailler séparément, avec des équipes techniques réduites, et même les répétitions ont eu lieu masquées. La négociation avec la Ville de Paris, dont FGO dépend, stipulait que l’on suive les mêmes directives qu’un tournage de film. 

D’un autre côté, le contexte a engendré une communication très rapprochée par téléphone entre les artistes et nous, les formateurs (je copilote le dispositif avec Benjamin Delobelle). Le moment est très anxiogène : l’industrie du live est à l’arrêt, les festivals, y compris ceux qui sont portés sur l'émergence, sont annulés, et il n’y a aucune perspective. Ces jeunes connaissent de grandes incertitudes, certains sont au chômage partiel, d’autres sont intermittents. Cette pression a libéré la parole, et tous nous ont accordé une confiance qui n’aurait pas été la même dans un contexte normal. 

Le nombre de candidatures est-il toujours aussi élevé en période de crise ? 

Nous avons reçu plus de 310 candidatures, à peu près comme l’an dernier, pour 15 lauréats à l’arrivée. L’afflux est donc presque le même. Nous pensons que les artistes qui commencent à produire maintenant sont déjà dans un autre état d’esprit que ceux qui se sont lancés dans les cinq dernières années. Il faut être lucide : il y aura des dégâts parmi les groupes qui se sont lancés un peu avant la crise. C’est inévitable au vu de l’embouteillage du calendrier à la rentrée. L'émergence a toujours été une problématique délicate, peu de programmateurs et de salles s’engageaient en ce sens. L’entonnoir a toujours été étroit, il le sera davantage. Mais chaque génération a su se renouveler. 

  • Annonce des lauréats : 8 juillet 2021

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