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SMA : la 5e vague épargne encore (un peu) les musiques actuelles

Par Thomas Corlin | le | Rh, formation, intermittence

La cinquième vague ne provoque pas encore d’annulations en série sur le secteur des musiques actuelles, d’après le SMA. Sa déléguée générale Aurélie Hannedouche pointe cependant les effets de la pandémie sur les ressources humaines et revient sur l’amendement portant sur le crédit d’impôt, intégré au PLF 2022 et toujours soumis à la validation du Sénat.

Les « no-show » atteignent 30 % sur les concerts, en particulier les reports. - © D.R.
Les « no-show » atteignent 30 % sur les concerts, en particulier les reports. - © D.R.

Le Projet de loi de finances 2022 a été rejeté par le Sénat, et avec lui l’amendement concernant le crédit d’impôt sur le spectacle musical, pourtant validé à l’Assemblée Nationale. Est-ce un rejet définitif ? 

Le PLF 2022 fera l’objet d’un autre vote, ce qui devrait donner une autre chance à cet amendement. Il venait palier deux anomalies du dispositif du crédit d’impôt : son extension sur une quinzaine de mois pour recouvrir les dépenses engagées sur des spectacles produits en 2019 ou 2020 qui n’ont toujours pas connu d’exploitation, et la prise en compte des dépenses réalisées entre le dépôt d’un dossier de demande et son traitement et validation par le Centre National de Musique, dont les effectifs sont saturés de travail, ce qui engendre jusqu’à quatre mois de délai. 

Ces réclamations ont été jugées légitimes par la députée Aurore Bergé, qui a donc soumis ce double amendement à l’Assemblée, où il a été validé. Un sous-amendement a été ajouté, sans que nous en ayons connaissance, et il aurait peut-être compromis l’amendement complet. Le Ministère de la Culture n’a pas pu nous éclairer là-dessus, et nous attendons donc désormais un nouveau vote du PLF entier. 

Le SMA et d’autres réseaux des musiques actuelles ont tenu des séances de travail aux Transmusicales de Rennes (Ille-et-Vilaine) début décembre. Côté salles, qu’en est-il remonté ? 

Parmi nos membres, ça joue toujours. Les concerts en salles se produisent, les festivals se maintiennent comme à la normale - pour ne parler que de la Bretagne, les Transmusicales ont eu lieu, le No Border aussi. Jusqu’ici, en l’absence d’interdiction officielle, les annulations ne se font qu’en cas de contaminations au Covid au sein des équipes artistiques, d’effondrement de tournées européennes, ou, plus rarement, de billetterie particulièrement faible. Pour l’instant, les annulations ne semblent toucher que l’événementiel d’entreprise et les animations municipales qui pâtissent de décisions de prudence, en l’absence d’arrêtés préfectoraux.

Une nouvelle génération d'étudiants n’a pas pu prendre l’habitude d’assister à des concerts.

Hélas, la fréquentation ne suit pas, alors qu’elle n’était qu’en cours de rétablissement. Normalement, les « no show » ne représentent que 5 % par concert et nous montons actuellement à 30 %, en particulier sur les concerts reportés. Nous ne pouvons qu’en supposer les motifs : démotivation, peur ou déménagement des détenteurs de billets. 

Nous nous interrogeons aussi sur l’impact à long terme de la pandémie sur le renouvellement des publics : la génération qui est entrée dans les études supérieures avec le Covid n’a pas pris d’habitudes culturelles en présentiel, et donc pas dans les salles de concert. Cela se remarque déjà, et se fera sans doute ressentir à l’avenir. 

Au sein des équipes, comment ce début de cinquième vague se ressent-il ? 

Lassitude et morosité dominent et les souffrances psycho-sociales pointent çà et là. Dans les équipes, certains ont perdu le sens de leur mission, doutent de leur activité et, dans certains cas, quittent leur job, sans forcément savoir ce qu’ils trouveront derrière. 

D’autres phénomènes apparaissent en coulisse : les studios de répétition se sont vidés. Les groupes ont-ils déménagé, jouent-ils ensemble ailleurs ou ont-ils tout simplement arrêté ? Côté bénévolat, les habitudes se sont aussi perdues : les gens ont peur, ne prennent plus de risques ou ont perdu la motivation. Le problème se ressent du côté des événements associatifs qui reposent principalement sur ces effectifs-là. 

Le SMA, en bref

• Représente les producteurs de spectacles, labels et éditeurs phonographiques, écoles de musique, organismes de formation, lieux de concerts, festivals, radios, tourneurs, studios…

• Plus de 500 adhérents sont des employeurs professionnels « qui ne recherchent pas la lucrativité et qui se financent par une mixité de ressources : subventions, recettes commerciales, bénévolat, mutualisation… »

• Dirigé par un conseil national de 40 membres.

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