Production

Livestream : les clés pour réussir la diffusion en direct de son spectacle

Par Thomas Corlin | le | Diffusion, booking

Qualité, pertinence, public, technique… De gré ou de force, la diffusion de spectacle en ligne est s’est imposée dans le quotidien du métier depuis que la pandémie a privé les lieux de leurs spectateurs. Alors que les prestataires rivalisent d’offres, que la technologie s’affine et que le support s’inscrit dans la durée, quelles pratiques sont-elles gagnantes ?

Un événement retransmis en direct par Multicam-Live. - © D.R.
Un événement retransmis en direct par Multicam-Live. - © D.R.

Quelle production, quels moyens ?

  • Tout dépend bien sûr du projet, du budget que l’on compte y consacrer, et du matériel ou des effectifs déjà à disposition. Les livestreams « faits-maison » du premier confinement ont sans doute fait leur temps et leur profusion a lassé le public. Face à ce constat, et devant l’extension des mesures sanitaires, il est devenu pertinent pour les lieux de diffusion comme pour les structures de production de prendre au sérieux l’outil et d’investir pour offrir des contenus de qualité.
  • Certains spectacles épousent mieux le format que d’autres, et certains artistes ne souhaitent tout simplement pas s’y plier.

    Si quelques structures disposent elles-mêmes des moyens pour assurer captation et livestream, le plus souvent des entreprises d’audiovisuel peuvent assurer la technique, et parmi elles, les formules varient.

  • Capter un spectacle sur Instagram en France en activant les sous-titres et assurant la diffusion depuis l’Allemagne ? Panthéa le propose. Filmer un concert avec 8 caméras sur une grande scène pour une diffusion multi-angles massive ? Omnilive le permet. Faire une captation live ou différée sur mesure d’une pièce de théâtre ? Opsis et les Films d’un Jour l’assurent. Encadrer des artistes en « résidence vidéo » avec une équipe technique pour concevoir leur supports vidéos ? L’OARA et Grenouilles Productions s’en occupent. Il y en a donc pour tous les projets et toutes les ambitions. 

Tous les spectacles se prêtent-ils à la captation ?

  • Si l’on parle d’un « art particulier de la captation » chez Grenouilles Productions, certains spectacles épousent mieux le format que d’autres, et certains artistes ne souhaitent tout simplement pas s’y plier - rien ne peut les y contraindre. Il faut compter également que les professionnels du spectacle n’adhèrent pas toujours au support de gaité de cœur mais, faute de mieux, comme le rappelaient Naima Bourgaut et Marie Le Cam de FGO-Barbara/Les Trois Baudets : « nous sommes partis de l’idée qu’il fallait défendre la musique, en livestream s’il le faut. »
  • Chez Opsis TV, on nous assure que presque tous les spectacles sont « captables » dans l’absolu, y compris les formes performatives les plus minimalistes que l’on peut rencontrer dans la création contemporaine, ou les mises en scène fastueuses de l’opéra ou du cirque. Il s’agit selon eux de « faire en sorte que la captation soit la plus respectueuse du spectacle artistiquement », et de faire un repérage en amont du spectacle, voire de collaborer activement avec les artistes pour intégrer tant que possible les intentions de leur création à la captation. De même, Grenouilles Productions prennent le temps de s’accorder avec les groupes dont ils captent le concert pour connaître les éléments visuels qu’ils souhaitent mettre en avant. 

Créer l'événement 

  • Les festivals et le clubbing avaient déjà amorcé cette tendance depuis plusieurs années : la simple musique ne suffit plus à maintenir l’intérêt du public, il faut désormais lui proposer de l’expérience. Cadres spectaculaires, lieux insolites, occasions uniques, etc : le livestream permet de capter la musique dans des endroits qui ne seraient pas accessibles au public même en temps normal
  • Les théâtres ont tout d’abord misé sur des spectacles d’archive qui ont rencontré un certain succès, puis les diffusions live se sont multipliées et ont enregistré des scores non négligeables.

    C’est le cas de Show Must Go Home, qui ont proposé des concerts depuis des toits d’immeuble à Lille ou Paris dès le premier confinement. C’est aussi le cas d'I Love Techno qui a proposé un DJ set entre deux artistes locaux depuis l’Opéra de Grenoble. Quant à Omnilive, ses concerts réunissant des artistes à forte audience constituent en soi de vrais rendez-vous attendus. Ainsi, comme les événements en présentiel, le spectacle en ligne se doit de rivaliser avec des contenus exclusifs.

(Re)trouver son public

  • D’expérience, le livestream attire des spectateurs, d’autant que le support a eu le temps de s’installer dans les pratiques du public, et que l’offre a gagné en visibilité. Empêché presque toute l’année d’aller en salle, le public s’est massivement rabattu sur les contenus en ligne proposés par les lieux culturels qu’il fréquentait normalement. Les théâtres ont tout d’abord misé sur des spectacles d’archive qui ont rencontré un certain succès, puis les diffusions live se sont multipliées et ont enregistré des scores non négligeables. 
  • 37 500 internautes ont vu le Hamlet de Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin. La plateforme Dice a vendu quelques 400 000 tickets de concert virtuel cette année, et relevé qu’elle avait touché principalement un public de non initiés, géographiquement éloigné des salles de concert. Enfin, l'Orchestre d’Ile-de-France a observé une hausse de 35 à 40 % de fréquentation sur sa plateforme de concerts en ligne depuis le début de la crise.

Quelle billetterie ?

  • C’est une question de modèle économique et de politique. Les lieux subventionnés ont pour la plupart proposé leurs spectacles gratuitement. Il en est autrement pour le privé, où des places payantes ont été mises en vente afin de rémunérer artistes, producteurs et les prestataires embauchés pour l'événement.
  • À titre d’exemple, le concert de Matt Pokora multidiffusé par OmniLive coûtait 24 euros. Un spectacle de Philippe Meyer capté au Lucernaire par Opsis TV pouvait être vu en direct pour 10 euros. L’application Akius propose des mini-concerts entre 6 et 10 euros (auxquels se rajoutent des revenus issus du sponsoring). 
  • Il est également utile de rappeler que d’autres formes de rémunération existent puisque la Sacem a mis en place un barème pour rétribuer les concerts en ligne des artistes musicaux

Miser sur l’interaction

  • Plus que l’aspect événementiel, c’est l’interaction qui stimule les spectateurs, notamment les plus jeunes. La possibilités de changer d’angle en plein concert et ainsi de se créer une expérience unique, en fait partie. Dans un second temps, les « meet and greet » virtuels y participent aussi, permettant un échange entre public et artiste.
  • Des captations réservées aux programmateurs, des séances accessibles uniquement sur mot de passe…

    L'équipe d'Akius a mis au point une application dans cet esprit, avec des chatrooms entre participants, un concert court et intimiste avec un mode d’affichage personnalisé, puis un moment d'échange avec l’artiste. OmniLive multiplie autant que possible les points de vue lors d’un concert, avec des caméras sur scène, puis une expérience backstage à l’issue de la performance. 

Conserver le contact avec la chaîne des professionnels

  • Un des grands désagréments de la pandémie pour le spectacle vivant est l’impossibilité pour les artistes de présenter leurs nouvelles créations au circuit de programmateurs, journalistes et autres professionnels. Le problème est devenu central, en ce qu’il rompait la chaîne du renouvellement des programmations, et risque de contraindre les théâtres à « resservir » des spectacles déjà programmés par le passé. 
  • Bridgi a donc conçu des captations réservées aux programmateurs, des séances accessibles uniquement sur mot de passe. Les chargés de diffusion peuvent par exemple réunir plusieurs compagnies afin d’organiser des sessions de plusieurs spectacles à la suite, et ainsi optimiser le dispositif.  

À quel prix ?

  • Comme toute production audiovisuelle, la captation et la diffusion en ligne ont un coût. Chez les prestataires recensés par Culture Matin, ce prix diffère selon la taille du dispositif. Chez Bridgi, une simple diffusion assistée à distance commence à 290 €, et monte à 850 € dès qu’un technicien se déplace. Chez les autres, la prestation minimale commence à 1 000 € par spectacle, installation incluse. D’autres encore, comme OmniLive, indexent leur tarifs sur l’audience de l'événement. 

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